Les classes de mots L2
La grammaire descriptive du français distingue des classes de mots (parties du discours) à partir de trois critères : la forme (variabilité), la fonction et le sens. Les classes variables sont le nom, le déterminant, l'adjectif, le pronom et le verbe ; les classes invariables sont l'adverbe, la préposition, la conjonction et l'interjection. Le nom se caractérise par un genre fixe et un nombre variable ; le déterminant (article, possessif, démonstratif, numéral, indéfini) introduit le nom et fixe sa référence.
L'adjectif s'accorde avec le nom ; on distingue l'épithète (« une belle maison »), l'attribut (« la maison est belle ») et l'apposé. Le pronom remplace ou représente un groupe nominal : personnel (je, le, lui), possessif, démonstratif, relatif (qui, que, dont, où), interrogatif, indéfini. L'adverbe modifie un verbe, un adjectif ou un autre adverbe (« très bien »), mais aussi une phrase (« Heureusement, il est venu »).
Une même forme peut changer de classe : « quelque » (déterminant ou adverbe), « que » (conjonction, pronom relatif, adverbe d'exclamation). C'est pourquoi on identifie la classe en contexte, par des tests de commutation (remplacer par un mot de la classe supposée) et de combinaison (peut-on lui ajouter un déterminant, une marque de pluriel ?). Les grammaires récentes (Riegel, Pellat, Rioul) regroupent parfois déterminants et adjectifs ou conjonctions et prépositions.
- Classes variables : nom, déterminant, adjectif, pronom, verbe.
- Classes invariables : adverbe, préposition, conjonction, interjection.
- Identifier la classe en contexte par commutation.
- Une même forme peut relever de plusieurs classes (que, quelque).
Le groupe nominal et ses expansions L2
Le groupe nominal (GN, ou syntagme nominal) a pour noyau un nom, précédé d'un déterminant, et peut recevoir des expansions : adjectif épithète (« un livre intéressant »), complément du nom introduit par une préposition (« le livre de Marie »), proposition relative (« le livre que tu lis »), apposition (« Paris, capitale de la France »). Les expansions se placent avant ou après le nom : en français, la place de l'adjectif dépend de son sens (« un grand homme » / « un homme grand »).
Le déterminant fixe la référence : défini (le, la, les : référent identifiable), indéfini (un, des : référent nouveau), partitif (du, de la : quantité non comptée), démonstratif, possessif. Le genre et le nombre se marquent sur le déterminant et l'adjectif, souvent mieux que sur le nom à l'oral (« le » / « la », « les » / « le »). L'accord s'étend au GN entier.
La relative peut être déterminative (restrictive, sans virgule : « Les élèves qui travaillent réussiront ») ou explicative (appositive, avec virgule : « Les élèves, qui travaillent, réussiront »). Les deux n'ont pas le même sens : la première restreint la classe, la seconde commente toute la classe. Les tests classiques sont la suppression (possible pour l'explicative) et l'insertion de « d'ailleurs ». Le GN peut aussi être très complexe par récursivité : « la voisine du frère de mon collègue ».
- GN = déterminant + nom + expansions.
- Expansions : épithète, complément du nom, relative, apposition.
- Déterminant : défini, indéfini, partitif, démonstratif, possessif.
- Relative déterminative ≠ explicative.
Le verbe et le groupe verbal L2
Le verbe est le noyau du groupe verbal. Il varie en personne, nombre, temps, mode et voix. On distingue les verbes transitifs directs (« manger une pomme »), transitifs indirects (« penser à quelque chose »), intransitifs (« dormir »), attributifs (« être, sembler, devenir »), pronominaux et impersonnels. Les auxiliaires être et avoir forment les temps composés ; les semi-auxiliaires (aller, devoir, venir de) forment des périphrases (« il va partir »).
La conjugaison se répartit traditionnellement en trois groupes : premier (-er, sauf aller), deuxième (-ir/-issant), troisième (tous les autres). Les verbes du premier groupe sont de loin les plus nombreux et les seuls vraiment productifs (néologismes en -er : « liker », « googler »). À l'oral, la flexion est très appauvrie : « il mange », « ils mangent » sont homophones.
Le complément d'objet direct se pronominalise par le, la, les ; le complément d'objet indirect par lui, leur, y, en. Le passif (être + participe passé) promeut l'objet en sujet. Les verbes pronominaux ont des valeurs diverses : réfléchie (« elle se lave »), réciproque (« ils s'aiment »), passive (« ce livre se vend bien »), essentiellement pronominale (« se souvenir »). L'accord du participe passé obéit à des règles bien connues : avec être, accord avec le sujet ; avec avoir, accord avec le COD placé avant.
- Transitifs directs/indirects, intransitifs, attributifs, pronominaux, impersonnels.
- Auxiliaires et semi-auxiliaires : temps composés et périphrases.
- Trois groupes ; le premier est productif.
- Accord du participe passé avec être / avoir.
Temps, modes et aspect L2
Le français distingue des modes personnels (indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif) et des modes impersonnels (infinitif, participe, gérondif). L'indicatif présente le procès comme réel ; le subjonctif apparaît surtout en subordonnée sous l'effet d'un verbe ou d'une conjonction (« il faut que tu viennes », « bien qu'il pleuve »). Le conditionnel exprime l'hypothèse, la politesse ou l'information non assumée (« il serait parti »).
Les temps localisent par rapport au moment de parole. Le présent a de nombreuses valeurs (actuel, habituel, de vérité générale, narratif, futur proche). Le passé composé a une valeur d'accompli ou de passé selon le contexte. L'imparfait décrit un fond ou une habitude, le passé simple l'événement ponctuel du récit écrit : « Il pleuvait quand Marie arriva ». Le plus-que-parfait marque l'antériorité. Le futur et le futur proche (« je vais partir ») sont en concurrence.
Dans l'aspect, les formes composées expriment l'accompli et les formes simples l'inaccompli ; les périphrases (« être en train de ») soulignent le déroulement. La concordance des temps règle le rapport entre verbe principal et subordonné : « Il a dit qu'il viendrait ». Le passé simple et l'imparfait du subjonctif disparaissent de l'oral et reculent à l'écrit courant. Ces évolutions sont décrites par la grammaire descriptive sans jugement de valeur.
- Modes personnels et impersonnels.
- Subjonctif en subordonnée ; conditionnel pour l'hypothèse et la politesse.
- Imparfait (fond) / passé simple (événement) / passé composé.
- Concordance des temps ; recul du passé simple à l'oral.
Pronoms, clitiques et types de phrase L2
Les pronoms personnels forment un système riche. Les formes conjointes (clitiques) se placent près du verbe : sujet (je, tu, il), objet direct (le, la, les), objet indirect (lui, leur), réfléchi (se), adverbiaux (en, y). Les formes disjointes (moi, toi, lui) sont autonomes (« Moi, je pense… »). L'ordre des clitiques est strict : « Je le lui donne », « Donne-le-lui ». Le pronom « on » alterne avec « nous » à l'oral, avec « tout le monde » ou « quelqu'un » selon le contexte.
La phrase s'organise en quatre types : déclaratif, interrogatif, impératif, exclamatif, auxquels s'ajoutent les formes positive / négative, active / passive et neutre / emphatique (clivage : « C'est Marie qui parle », dislocation : « Marie, elle parle »). L'interrogation totale admet trois formes : intonation (« Tu viens ? »), « est-ce que » (« Est-ce que tu viens ? »), inversion (« Viens-tu ? »). Les trois ne sont pas équivalentes pour le registre.
La négation normée est discontinue (« ne… pas ») ; à l'oral, « ne » tombe très souvent (« je sais pas »). On compte aussi « ne… jamais », « ne… rien », « ne… personne », « ne… plus ». La phrase complexe combine juxtaposition, coordination et subordination. La grammaire contemporaine analyse ces phénomènes en relation avec la variation (oral/écrit, registres) plutôt qu'en termes de « fautes ».
- Pronoms conjoints (clitiques) et disjoints.
- Quatre types de phrase ; formes négatives, passives, emphatiques.
- Interrogation totale : intonation, est-ce que, inversion.
- Négation discontinue ; chute du « ne » à l'oral.
Grammaire de l'oral et normes L2
La grammaire de l'oral n'est pas une version dégradée de celle de l'écrit : elle a ses propres structures. On y observe des dislocations fréquentes (« Ce livre, je l'ai lu »), des constructions présentatives (« Il y a Paul qui arrive »), des reprises et reformulations, des marqueurs discursifs (« ben », « quoi », « du coup », « tu vois »), des phrases averbales, des énoncés inachevés, et un fort usage des clitiques sujet comme préfixes de conjugaison.
Blanche-Benveniste (Approches de la langue parlée en français, 1997) montre que les « fautes » apparentes (hésitations, faux départs) obéissent à des principes syntaxiques et que la macro-syntaxe doit compléter la syntaxe de la phrase écrite. L'unité de l'oral est le plus souvent l'énoncé plutôt que la phrase, délimité par la prosodie et l'interaction.
La norme prescrit des formes (subjonctif imparfait, inversion complexe, double négation) que les locuteurs emploient peu. Les linguistes décrivent les usages, mesurent leur fréquence dans des corpus (ESLO, CFPP2000, Orféo) et rappellent que la norme scolaire est un fait social. Un bon grammairien sait distinguer ce qui est agrammatical (impossible dans toute variété), non normé (stigmatisé dans certaines situations) et rare. Cette distinction évite de confondre description linguistique et correction.
- L'oral a ses propres structures : dislocation, présentatifs, marqueurs discursifs.
- Macro-syntaxe : l'énoncé plutôt que la phrase.
- Corpus : ESLO, CFPP2000, Orféo.
- Distinguer agrammatical, non normé et rare.
Méthode : analyser une phrase pas à pas L2
Analyser une phrase demande une démarche en trois temps. 1. Segmenter en constituants : on cherche les groupes de mots qui fonctionnent ensemble. 2. Nommer leur nature (nom, verbe, groupe nominal, groupe prépositionnel…). 3. Indiquer leur fonction (sujet, objet, complément circonstanciel…). La nature décrit ce qu'est un mot en lui-même ; la fonction décrit son rôle dans la phrase. Dans Léa lit un roman, un roman est un groupe nominal (nature) qui a la fonction de complément d'objet direct.
Quatre manipulations permettent de vérifier une analyse. La pronominalisation remplace un groupe par un pronom : Léa le lit prouve que un roman forme un seul constituant. L'effacement supprime un groupe : Léa lit reste grammatical, donc le complément est supprimable (mais cela ne suffit pas à dire qu'il est circonstanciel). Le déplacement change sa place : Hier, Léa lit un roman (le circonstanciel de temps se déplace, pas l'objet). Le remplacement par un groupe de même catégorie confirme la nature.
Exemple complet : Mon frère offre ce livre à sa voisine ce soir. Sujet : mon frère (GN) ; verbe : offre ; COD : ce livre (pronominalisation en le) ; COI : à sa voisine (pronominalisation en lui) ; complément circonstanciel de temps : ce soir (déplaçable, supprimable). Ne vous contentez jamais d'une intuition : appuyez-vous toujours sur un test.
- Nature (ce qu'est le mot) ≠ fonction (son rôle).
- Quatre tests : pronominalisation, effacement, déplacement, remplacement.
- Le COD se pronominalise en le/la/les, le COI en lui/leur.
- Un test seul ne suffit pas : croiser plusieurs manipulations.
Vocabulaire à retenir
- Classe de mots : Catégorie grammaticale : nom, verbe, adjectif…
- Déterminant : Mot qui introduit le nom et fixe sa référence.
- Adjectif épithète : Adjectif joint directement au nom.
- Attribut : Fonction exprimant une propriété du sujet ou de l'objet.
- Pronom relatif : Pronom reliant une proposition à son antécédent.
- Adverbe : Mot invariable modifiant un verbe, un adjectif, un adverbe ou une phrase.
- Groupe nominal : Noyau nominal avec déterminant et expansions.
- Expansion : Élément qui complète le nom ou le groupe.
- Complément du nom : Groupe introduit par une préposition qui complète un nom.
- Apposition : Groupe juxtaposé au nom, précisant sa référence.
- Relative déterminative : Relative restrictive, sans virgule.
- Relative explicative : Relative qui commente, entre virgules.
Cinq questions pour t'entraîner
Quelle classe de mots est invariable ?
- Le nom
- L'adjectif
- L'adverbe
- Le verbe
Réponse : L'adverbe. Avec la préposition, la conjonction et l'interjection.
Un déterminant sert à…
- Introduire le nom et fixer sa référence
- Remplacer un nom
- Modifier un verbe
- Relier deux propositions
Réponse : Introduire le nom et fixer sa référence. Article, possessif, démonstratif…
« Très » dans « très bien » est…
- Une préposition
- Un adjectif
- Un déterminant
- Un adverbe
Réponse : Un adverbe. Il modifie un autre adverbe.
Dans « Elle est belle », « belle » est…
- Une épithète
- Un attribut du sujet
- Un COD
- Un apposé
Réponse : Un attribut du sujet. Après un verbe d'état.
« Que » dans « le livre que tu lis » est…
- Une conjonction
- Un pronom relatif
- Un déterminant
- Un adverbe
Réponse : Un pronom relatif. COD dans la relative.
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