Principes et paramètres, GB et structure des projections M
Le modèle Principes et paramètres (Chomsky, Lectures on Government and Binding, 1981) postule que les langues partagent des principes universels de la Grammaire universelle et diffèrent par la valeur de quelques paramètres fixés par l'expérience. Exemples de paramètres : ordre tête-complément (le japonais place le complément avant la tête, le français après), sujet nul (pro-drop : l'italien, l'espagnol autorisent « Parla » ; le français, l'anglais non), mouvement du verbe (le français déplace le verbe fini au-dessus de l'adverbe : « Marie mange souvent des pommes » vs angl. « Mary often eats apples »).
La structure des phrases suit le schéma X-barre étendu aux catégories fonctionnelles : TP (temps), CP (complémenteur), DP (déterminant : « le chat » est un DP dont la tête D sélectionne un NP). Pollock (1989) propose de scinder IP en TP, AgrP et NegP, d'où une série de positions de la tête verbale. Les conditions locales (relations de c-commande, de gouvernement) structurent les dépendances.
La théorie du cas (le DP doit recevoir un cas abstrait : nominatif du T fini, accusatif du V transitif), la théorie thêta (chaque argument reçoit un rôle thématique et chaque rôle est attribué à un argument, d'où le critère thêta) et le principe de projection contraignent les structures. Le passif Le livre a été lu illustre l'interaction : le verbe passif n'assigne pas de rôle agent ni de cas accusatif, donc le patient monte en position sujet pour recevoir le nominatif.
Limites du modèle : le nombre de paramètres proposés est resté plus bas que prévu ; certains sont des « micro-paramètres » dépendant des items lexicaux ; la microvariation (dialectes) a relancé l'intérêt pour des paramètres fins (Kayne).
- Principes universels + paramètres (tête-complément, sujet nul, mouvement du verbe).
- Catégories fonctionnelles : TP, CP, DP ; scission de IP (Pollock).
- Cas, critère thêta, principe de projection.
- Microvariation et micro-paramètres.
Liage, anaphores et contrôle M
La théorie du liage décrit la distribution des syntagmes nominaux référentiels. Trois principes : (A) une anaphore (se, soi, lui-même) doit être liée dans son domaine local ; (B) un pronom (lui, il) doit être libre dans son domaine local ; (C) une expression référentielle (nom propre, SN défini) doit être libre partout. Le liage suppose la c-commande : A c-commande B si le premier nœud branchant qui domine A domine aussi B. Exemples : « Mariei sei regarde » (A : l'anaphore est liée par le sujet) ; « *Mariei lai regarde » (B : le pronom ne peut être coréférent dans son domaine local) ; « *Ellei dit que Mariei dort » (C : « Marie » est liée par « elle »).
La notion de domaine local varie par langue (anaphores long-distance du chinois ziji, du japonais zibun). Les pronoms logophoriques (en igbo, éwé) renvoient à la source d'un discours rapporté. Des contre-exemples existent (« Marie a vu un serpent près d'elle »).
Le contrôle concerne les infinitives avec sujet non exprimé PRO : « Mariei promet de PROi partir » (contrôle du sujet) ; « Mariei persuade Paulj de PROj partir » (contrôle de l'objet) ; « Marie veut PRO partir ». À distinguer du raising (montée) : « Marie semble dormir » (Marie est sujet de dormir et monte vers la position sujet de sembler, qui n'assigne pas de rôle thématique) ; test : « Il semble que Marie dort » est possible, « *Il promet que Marie dort » avec le même sens ne l'est pas.
La coréférence et la variable liée sont distinguées (« Tout étudiant pense qu'il réussira ») ; l'analyse relie syntaxe et sémantique (voir sémantique formelle).
- Principes A, B, C du liage ; c-commande.
- Domaine local variable selon les langues (ziji, zibun).
- Contrôle (PRO) vs montée (raising).
- Variable liée vs coréférence.
Mouvement, îles et cartographie M
Le mouvement est la relation syntaxique qui lie une position de surface à une position d'origine (trace ou copie). On distingue le mouvement-A (vers des positions d'argument : passif, montée) et le mouvement-A' (vers des positions non argumentales : mouvement Qu-, topicalisation, relativisation). Exemples : « Quel livre Marie a-t-elle lu t ? » (Qu-), « Ce livre, Marie l'a lu » (topicalisation avec clitique), « Le livre que Marie a lu t » (relative).
Contraintes : la Contrainte du sujet phrastique, la Contrainte du syntagme nominal complexe (« *Qui as-tu rencontré l'homme qui a vu t ? »), l'île à complément, l'île à mot Qu- (« ?*Quel livre te demandes-tu qui a lu t ? »). Ross (1967), Chomsky (1973) puis Rizzi (Minimalité relative, 1990) et la théorie des phases proposent des explications. Les îles ne sont pas toutes universelles : certaines langues (scandinaves) autorisent des extractions hors de certaines îles, et des travaux expérimentaux (Sprouse, Hofmeister) discutent l'origine syntaxique ou de traitement des effets d'îles.
La cartographie (Rizzi, Cinque) postule que la périphérie gauche est articulée en projections ordonnées : Force > Top > Foc > Fin (structure du CP éclaté), et que les adverbes et marques fonctionnelles occupent une hiérarchie universelle (hiérarchie de Cinque). Cette approche vise une description fine de l'ordre universel des projections.
Débat : la cartographie multiplie les projections, critiquée par les approches minimalistes qui préfèrent des structures plus pauvres ; les deux courants dialoguent sur la question de savoir si l'ordre est syntaxique ou issu d'autres facteurs (sémantique, traitement).
- Mouvement-A et mouvement-A'.
- Îles : syntagme nominal complexe, mot Qu-, sujet ; Minimalité relative.
- Cartographie : Force > Top > Foc > Fin.
- Débat : effets d'îles syntaxiques ou de traitement.
Minimalisme : Merge, Agree, phases M
Le programme minimaliste (Chomsky 1995, 2000, 2008) cherche à réduire la GU à l'essentiel, au point que la faculté de langage soit une solution « optimale » aux conditions d'interface avec les systèmes sensorimoteur (prononciation) et conceptuel-intentionnel (sens). Les opérations de base : Merge (combiner deux objets α et β en {α, β}), qui produit la structure hiérarchique ; son application à un élément déjà dans la structure donne le Merge interne (le mouvement) ; Agree (accord : une sonde cherche un but dans son domaine pour valoriser des traits non interprétables, par exemple l'accord sujet-verbe).
Les structures sont dérivées par phases (CP, vP, éventuellement DP) : à la fin d'une phase, le complément de la tête de phase est transféré aux interfaces, ce qui limite la mémoire de calcul et rend compte des îles (« Condition d'impénétrabilité de phase »). Les éléments qui doivent sortir de la phase passent par le « bord » de la phase (spécifieur). Labeling : détermine l'étiquette d'un objet syntaxique.
Les traits jouent un rôle central : traits interprétables (nombre du nom) et non interprétables (accord du verbe), valeur de cas, EPP (exigence d'un spécifieur). La copie remplace la trace : le déplacement laisse une copie non prononcée (« Quel livre Marie a lu quel livre »), ce qui explique des effets de reconstruction.
Critiques : le programme est parfois vu comme peu falsifiable, éloigné des données de corpus ; les alternatives (HPSG, LFG, grammaires de construction) contestent la nécessité de mouvement. Les débats sur l'origine du langage (Merge apparu récemment) mobilisent des arguments évolutionnistes très discutés.
- Merge (externe, interne) ; Agree (sonde-but).
- Phases : transfert par blocs ; impénétrabilité.
- Copies plutôt que traces ; traits interprétables et non.
- Critiques : falsifiabilité, éloignement des données.
HPSG, LFG et grammaires catégorielles M
Les cadres lexicalistes et à contraintes sont des alternatives au mouvement. La HPSG (Head-driven Phrase Structure Grammar, Pollard et Sag, 1994) représente chaque mot et syntagme par une structure de traits typés (matrices attribut-valeur) combinée par unification : l'information syntaxique, sémantique et pragmatique est représentée au même niveau. Les phénomènes à longue distance sont traités par un trait SLASH qui propage l'information d'un élément manquant, sans transformation.
La LFG (Lexical-Functional Grammar, Kaplan et Bresnan, 1982) sépare la c-structure (arbre de constituants, ordre et regroupement) de la f-structure (fonctions grammaticales : SUJ, OBJ, matrice de traits). L'ordre des mots peut varier librement (langues non configurationnelles comme le warlpiri) tandis que la f-structure reste stable. Les langues partagent une structure fonctionnelle plus constante que la structure de constituants.
Les grammaires catégorielles (Ajdukiewicz, Bar-Hillel, Lambek, Steedman, Moortgat) assignent à chaque mot un type (par ex. dort : NP\S, « attend un NP à gauche pour former un S ») et composent par application de fonctions. La CCG (Combinatory Categorial Grammar) ajoute des combinateurs (composition, type-raising) pour traiter la coordination non standard (« Marie aime et Paul déteste le chocolat ») avec un fort lien à la sémantique du λ-calcul.
Points communs : lexicalisme (la plupart de l'information est dans le lexique), surface-orientation (pas de dérivation cachée), compatibilité avec le calcul : ces grammaires ont des analyseurs efficaces et sont employées en TAL (parseurs HPSG, XLE pour LFG, CCG parsers).
- HPSG : structures de traits, unification, SLASH.
- LFG : c-structure et f-structure.
- Catégorielles : types fonctionnels ; CCG et coordination.
- Lexicalisme et orientation surface ; usages en TAL.
Dépendances, données et évaluation des théories M
Comment départager des théories syntaxiques ? Les critères classiques : adéquation descriptive (couvre les faits), adéquation explicative (explique l'acquisition), économie, prédictivité, cohérence interlinguistique. Les données : jugements d'acceptabilité (formels, informels), corpus, expériences psycholinguistiques et neuroimagerie. On exige désormais des protocoles contrôlés (plusieurs items, plusieurs locuteurs, mesures quantitatives) et des tests de réplication.
Les grammaires de dépendance et le projet Universal Dependencies (UD) offrent une analyse commune des langues, utile à la typologie quantitative : on peut calculer la longueur de dépendance (distance linéaire entre une tête et son dépendant) et montrer que les langues tendent à la minimiser (Futrell, Mahowald et Gibson, 2015), ce qui plaide pour un rôle des contraintes de traitement dans la forme des grammaires. La probabilité de dépendance, l'ordre des mots et la complexité statistique alimentent le débat entre explications formelles et fonctionnelles.
Les modèles de langue neuronaux offrent un nouveau terrain d'essai : ils apprennent des généralisations syntaxiques (accord à longue distance, îles partielles) sans règles explicites, mais échouent sur d'autres structures. Les tests de syntaxe ciblés (BLiMP : paires minimales grammaticales/agrammaticales) évaluent ce que ces modèles ont appris, en lien avec la question de l'innéité.
Compétences : rédiger une analyse argumentée (données, hypothèses, prédictions, test), choisir un cadre en fonction de la question, présenter les résultats avec transparence. Les débats actuels tendent vers une convergence méthodologique plus qu'une unification théorique.
- Critères d'évaluation : descriptif, explicatif, économie, prédictivité.
- Longueur de dépendance minimisée dans les langues (UD).
- Modèles de langue : généralisations syntaxiques partielles ; BLiMP.
- Convergence méthodologique plutôt qu'unification théorique.
Vocabulaire à retenir
- Principes et paramètres : Modèle : principes universels + paramètres fixés par la langue.
- Paramètre : Dimension de variation fixée par l'expérience (ex. sujet nul).
- Sujet nul : Langue autorisant l'omission du pronom sujet.
- DP : Syntagme déterminant.
- TP : Syntagme de temps.
- CP : Syntagme complémenteur.
- Cas abstrait : Propriété exigée des DP, indépendamment de la morphologie.
- Critère thêta : Chaque argument a un rôle et chaque rôle un argument.
- Principe A : Une anaphore est liée dans son domaine local.
- Principe B : Un pronom est libre dans son domaine local.
- Principe C : Une expression référentielle est libre partout.
- C-commande : Relation structurale entre deux nœuds.
Cinq questions pour t'entraîner
À quelle date le modèle Principes et paramètres est-il lancé ?
- En 1995, avec The Minimalist Program de Chomsky
- En 1957, avec Syntactic Structures de Chomsky
- En 1981, avec Lectures on Government and Binding
- En 1916, avec le Cours de linguistique générale
Réponse : En 1981, avec Lectures on Government and Binding. Chomsky (1981) propose que la grammaire universelle comporte des principes communs à toutes les langues et des paramètres dont les valeurs varient d'une langue à l'autre.
Lequel de ces éléments est un exemple de paramètre syntaxique ?
- L'ordre entre la tête et son complément
- La présence du phonème /p/ dans l'inventaire sonore
- L'existence de la liaison entre deux mots enchaînés
- Le choix du registre de langue selon la situation
Réponse : L'ordre entre la tête et son complément. Le paramètre tête-complément distingue les langues où le verbe précède l'objet (français) de celles où il le suit (japonais). Le sujet nul en est un autre.
Quelle propriété caractérise l'italien en matière de sujet ?
- C'est une langue à tons, comme le mandarin
- C'est une langue à sujet obligatoire, comme le français
- C'est une langue à verbe final, comme le japonais
- C'est une langue à sujet nul : le pronom peut être omis
Réponse : C'est une langue à sujet nul : le pronom peut être omis. En italien, « Parla » suffit pour dire « il/elle parle » : l'accord du verbe permet de retrouver le sujet. Le français exige le pronom (Il parle).
Quelle est la tête d'un syntagme déterminant (DP) ?
- Le nom, qui sélectionne un déterminant comme complément
- Le déterminant, qui sélectionne un syntagme nominal
- Le verbe, qui sélectionne un nom comme argument
- La préposition, qui sélectionne un nom comme complément
Réponse : Le déterminant, qui sélectionne un syntagme nominal. Dans la proposition d'Abney, D est la tête et prend un NP comme complément : « le livre » est un DP dont la tête est « le ».
Que propose Pollock en 1989 pour la structure de la phrase ?
- Abandonner complètement le schéma X-barre de la syntaxe
- Scinder IP en plusieurs projections : TP, AgrP, NegP
- Introduire pour la première fois la notion de phase
- Supprimer la notion de cas abstrait des analyses
Réponse : Scinder IP en plusieurs projections : TP, AgrP, NegP. Pollock explique la différence de position du verbe entre le français et l'anglais (verbe avant ou après l'adverbe et la négation) par des projections fonctionnelles distinctes.
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