🔣 Langage et communication

Signes, icône, indice, symbole, sémiologie de Barthes, image et multimodalité, modèles de la communication, médias.

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Deux traditions : Peirce et Saussure L2

La sémiotique (ou sémiologie) étudie les signes et la production du sens. Deux traditions fondatrices. Saussure (1916) imagine une « science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » : le signe est dyadique (signifiant/signifié). Charles S. Peirce (1839-1914) propose une conception triadique : le representamen (le signe lui-même), l'objet (ce que le signe représente) et l'interprétant (l'effet produit dans l'esprit de l'interprète, lui-même un signe). La signification est donc un processus, la sémiose, potentiellement illimité.

Peirce distingue trois types de relations entre le signe et son objet. L'icône repose sur la ressemblance (un portrait, un schéma, une onomatopée). L'indice repose sur une relation de contiguïté ou de causalité (la fumée indique le feu, une empreinte, un panneau fléché). Le symbole repose sur une convention (un mot, un drapeau, un feu rouge). Un même signe cumule souvent plusieurs dimensions : un pictogramme de toilettes est en partie iconique, en partie symbolique.

Le signe linguistique, selon Saussure, est symbolique au sens de Peirce, puisque son lien avec la chose est arbitraire. La sémiotique générale cherche à décrire des systèmes très divers : langues, codes routiers, gestes, vêtements, musique, images, rites. Elle suppose toujours un code (un ensemble de conventions) partagé, au moins partiellement, par ceux qui produisent et interprètent.

À retenir

Barthes : dénotation, connotation, mythe L2

Roland Barthes (Mythologies, 1957 ; Éléments de sémiologie, 1964) étend la sémiologie à la culture de masse. Il distingue deux niveaux de signification. La dénotation est le sens premier d'un signe (une photographie de soldat noir saluant le drapeau tricolore montre cela). La connotation est un sens second, culturel et idéologique, qui prend le premier comme point d'appui (cette image « signifie » aussi que la France est un grand empire sans discrimination). Le signe de premier niveau devient signifiant d'un second système : c'est la structure du mythe.

Le mythe, pour Barthes, est une parole dépolitisée : il transforme l'histoire en nature, ce qui est culturel en évidence. Son analyse porte sur le catch, le steak-frites, la Citroën DS, les publicités de lessive. Barthes montre que les objets de consommation courante sont chargés de sens social. Sa méthode est la lecture critique : repérer les signifiants, les signifiés, et l'effet idéologique.

Dans Rhétorique de l'image (1964), il analyse une publicité de pâtes (Panzani) à travers trois messages : le message linguistique (légende), le message iconique codé (les connotations : italianité, fraîcheur) et le message iconique non codé (la dénotation littérale). Il étudie aussi la fonction de l'ancrage (le texte fixe le sens de l'image) et du relais (texte et image se complètent). Ces outils servent encore à analyser la publicité, la presse et les réseaux sociaux.

À retenir

Image, multimodalité et grammaire visuelle L2

Les images ne sont pas des reproductions neutres : elles construisent du sens. Le Groupe µ (Traité du signe visuel, 1992) décrit un signe visuel avec des unités plastiques : couleur, forme, texture. Kress et van Leeuwen (Reading Images, 1996) proposent une grammaire du design visuel inspirée de Halliday : les images remplissent des fonctions représentationnelle (qui fait quoi), interactive (rapport avec le spectateur : regard direct = demande, plan = distance sociale, angle = pouvoir) et compositionnelle (disposition : gauche = donné, droite = nouveau, haut = idéal, bas = réel).

La multimodalité considère que la communication combine plusieurs ressources sémiotiques : langue, image, geste, son, mise en page, typographie. Un manuel, un site web, une vidéo TikTok, une affiche mobilisent des modes qui se complètent ou se contredisent. L'analyse multimodale décrit comment ils s'agencent : cohérence, redondance, complémentarité.

Pour l'analyse d'images, on peut procéder par étapes : (1) description du contenu, (2) analyse plastique (cadrage, couleurs, lumière), (3) analyse iconique (figures, symboles), (4) analyse linguistique (texte, légende), (5) interprétation en contexte (support, destinataire, intention). Les conclusions doivent rester argumentées et reliées à des éléments observables : les lectures spéculatives sans appui visuel sont à éviter.

Les emojis, les mèmes et les vidéos courtes relèvent de cette perspective : ils mêlent image, texte et son, circulent par imitation et variation, et sont étudiés comme de nouvelles pratiques sémiotiques.

À retenir

Les modèles de la communication L2

Plusieurs modèles tentent de décrire la communication. Le modèle de Shannon et Weaver (1948-49), issu de la théorie de l'information, représente une chaîne : source, émetteur, canal, récepteur, destinataire, avec le bruit qui peut altérer le message. Il mesure l'information en bits et ne s'intéresse pas au sens. Le modèle de Jakobson (1960) ajoute le contexte, le code et le contact et associe six fonctions. Ces modèles sont linéaires : un émetteur transmet un message à un récepteur.

L'École de Palo Alto (Bateson, Watzlawick) propose un modèle systémique et circulaire : « on ne peut pas ne pas communiquer » ; toute communication comporte un niveau de contenu et un niveau de relation ; elle suit une logique de ponctuation des séquences (chacun croit réagir à l'autre) ; elle peut être symétrique ou complémentaire ; elle comprend un double lien (injonction contradictoire).

Le modèle encodage-décodage de Stuart Hall (1973) souligne que le récepteur peut interpréter un message de manière dominante, négociée ou oppositionnelle. Kerbrat-Orecchioni critique le schéma de Jakobson : il suppose un code commun parfait alors que les codes de locuteurs diffèrent ; il néglige l'interaction et l'implicite. Les approches contemporaines (pragmatique, interactionnisme, théories de la pertinence) considèrent la communication comme une co-construction du sens, dépendante du contexte, de l'intention et de l'inférence.

À retenir

Médias, discours et culture numérique L2

Les médias ne se contentent pas de transmettre : ils structurent la perception. McLuhan (1964) résume : « le médium, c'est le message » : chaque média façonne des habitudes cognitives et sociales. La presse, la radio, la télévision, puis les réseaux sociaux imposent des formats, des rythmes et des économies d'attention différents. L'étude des médias combine analyse du discours (titres, cadrage, vocabulaire), analyse de l'image et sociologie de la réception.

Le cadrage (framing) désigne le choix de présenter un événement sous un angle (économique, moral, sécuritaire). L'agenda setting (McCombs et Shaw) décrit l'effet des médias sur ce dont le public discute. L'analyse de discours observe la présence d'énonciateurs, les modalisations, les citations, les nominalisations (« les licenciements » plutôt que « l'entreprise licencie »). La désinformation et la mésinformation sont étudiées via leurs marques linguistiques et leur circulation.

Les réseaux sociaux ont créé des pratiques propres : hashtags, mèmes, abréviations, emojis, formats courts. Les travaux sur la communication numérique décrivent un continuum entre oral et écrit (« oralité écrite »), des normes de communautés et des phénomènes de variation. Les algorithmes de recommandation façonnent l'exposition, ce qui soulève des questions de pluralisme.

Méthodes : corpus de presse, analyse lexicométrique, analyse sémiotique, enquêtes de réception. L'éthique impose de respecter la vie privée dans les corpus de réseaux sociaux et de distinguer description et jugement.

À retenir

Sémiotique de la culture et des objets L2

La sémiotique ne se limite pas aux langues. Umberto Eco (La Structure absente, 1968 ; Traité de sémiotique générale, 1975) montre que tout phénomène culturel peut être étudié comme système de signes : vêtements, mobilier, architecture, gastronomie, rituels. Barthes décrit le système de la mode en distinguant le vêtement réel, le vêtement-image et le vêtement-écrit (la description dans un magazine). Les objets ont une fonction pratique et une fonction symbolique (Baudrillard, Le Système des objets, 1968).

Algirdas J. Greimas (Sémantique structurale, 1966) propose un modèle actantiel pour analyser les récits : six actants (sujet, objet, destinateur, destinataire, adjuvant, opposant). Le carré sémiotique représente des relations logiques entre termes (contraires, contradictoires, implications) : par exemple vie / mort / non-vie / non-mort. Ces outils servent à analyser contes, publicités, séries, discours politiques.

La sémiotique de l'espace étudie panneaux, plans, signalétique. La proxémie (Hall) examine l'usage de la distance dans la communication. La kinésique (Birdwhistell) étudie gestes et postures. Ces domaines montrent que le sens est inscrit dans des pratiques sociales autant que dans des textes.

Applications : analyse de marques et logos, conception de pictogrammes, design d'interfaces, analyse de la communication politique, étude des musées. Le travail du sémioticien consiste à repérer des oppositions pertinentes, à décrire un code, à relier signes et contexte, sans prétendre à une interprétation unique.

À retenir

Application : analyser une publicité L2

La sémiotique devient concrète quand on l'applique à un document réel. Prenons une affiche publicitaire pour une eau minérale : un flacon sur un fond de montagne enneigée, avec le slogan « Pure comme la source ». On peut conduire une analyse en quatre étapes inspirées de Roland Barthes (Rhétorique de l'image, 1964).

1. Le message linguistique : le slogan ancre le sens de l'image (il oriente la lecture : on comprend « pureté » et non « froid »). 2. Le message iconique dénoté : ce que l'on voit littéralement (un flacon, de la neige, un ciel bleu). 3. Le message iconique connoté : les significations culturelles associées (la montagne évoque la nature intacte, la neige la blancheur et la pureté, le flacon transparent la transparence du produit). 4. L'effet visé : associer le produit à ces valeurs.

On peut classer les signes selon Peirce : la photo du flacon est une icône (elle ressemble à l'objet), la trace de condensation sur la bouteille un indice (elle renvoie à la fraîcheur par contiguïté), le logo de la marque un symbole (lien conventionnel). En linguistique saussurienne, le signe est l'union d'un signifiant (forme) et d'un signifié (concept) ; la connotation ajoute un second niveau où le signe entier devient le signifiant d'un nouveau signifié.

Pour rédiger un commentaire, structurez : description (dénotation), interprétation (connotation), fonction (selon les fonctions de Jakobson : ici surtout conative, qui cherche à agir sur le destinataire), puis limites (l'interprétation dépend du public et de la culture).

À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Comment qualifie-t-on le signe chez Peirce ?

    1. Binaire : une forme associée à un son
    2. Dyadique : signifiant et signifié seulement
    3. Triadique : representamen, objet, interprétant
    4. Phonologique : composé de traits distinctifs

    Réponse : Triadique : representamen, objet, interprétant. Contrairement au signe saussurien à deux faces, le signe de Peirce met en relation trois éléments : ce qui représente, ce qui est représenté, et l'effet produit chez l'interprète.

  2. Que désigne l'interprétant chez Peirce ?

    1. L'effet du signe dans l'esprit de celui qui l'interprète
    2. La personne qui parle ou qui produit le signe en question
    3. L'objet réel auquel le signe renvoie dans le monde
    4. Le système de règles qui permet de lire le signe

    Réponse : L'effet du signe dans l'esprit de celui qui l'interprète. L'interprétant n'est pas une personne : c'est une idée produite par le signe, qui est elle-même un signe pouvant être interprété à son tour.

  3. Une fumée qui indique un feu est…

    1. Un mythe, qui naturalise une idée historique
    2. Une icône, qui ressemble à l'objet qu'elle représente
    3. Un symbole, lié à son objet par une pure convention
    4. Un indice, lié à son objet par une relation de cause

    Réponse : Un indice, lié à son objet par une relation de cause. L'indice entretient un lien réel avec son objet : la fumée est causée par le feu. L'icône ressemble, le symbole repose sur une convention.

  4. Un portrait est un exemple de…

    1. Indice, qui repose sur un lien de cause à effet
    2. Icône, qui repose sur la ressemblance avec le modèle
    3. Symbole, qui repose sur une convention sociale
    4. Code, qui repose sur un ensemble de règles partagées

    Réponse : Icône, qui repose sur la ressemblance avec le modèle. L'icône représente son objet par ressemblance : un portrait, un schéma, une carte. C'est la relation la plus intuitive entre signe et objet.

  5. Pourquoi un feu rouge est-il un symbole chez Peirce ?

    1. Il ressemble visuellement à l'obligation de s'arrêter
    2. Sa signification d'arrêt repose sur une convention
    3. Il est causé par la présence d'un danger à l'avant
    4. Il est une trace laissée par un véhicule déjà passé

    Réponse : Sa signification d'arrêt repose sur une convention. Rien dans la couleur rouge n'oblige à s'arrêter : c'est un accord collectif. Les symboles doivent être appris, contrairement aux icônes et aux indices.

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