🩺 Pathologies du langage et orthophonie

Troubles du développement du langage, dyslexie, bégaiement, troubles de la voix, aphasie, démences, surdité, évaluation et rééducation. Cours pédagogique, non clinique.

Ouvrir le cours interactifS'entraîner avec les QCM

Cadre général : normal, pathologique, évaluation L3

Les pathologies du langage regroupent des troubles de la communication, du langage, de la parole, de la voix et de la déglutition. L'orthophoniste (certificat de capacité d'orthophoniste, formation en cinq ans, grade master depuis 2013) est le professionnel de santé qui évalue et rééduque ces troubles, sur prescription médicale. Ce cours est une introduction pour comprendre les notions : il ne remplace ni un bilan, ni un avis médical.

Plusieurs distinctions utiles. Les troubles du langage oral (compréhension, expression), de la parole (articulation, fluence), de la voix, du langage écrit (lecture, orthographe), de la cognition mathématique. Les troubles développementaux (présents dès l'enfance, sans cause évidente) et les troubles acquis (après lésion, maladie). Un retard (développement plus lent mais selon la trajectoire typique) se distingue d'un trouble (déviance persistante).

L'évaluation combine : anamnèse (histoire, antécédents), observation, tests étalonnés (comparaison à une norme de population), évaluation écologique (situations de vie), questionnaires aux proches. Un bon test est valide (mesure ce qu'il prétend) et fidèle (résultats stables). Un score est interprété par rapport à l'écart-type : deux écarts-types sous la moyenne est un seuil classique pour parler de performance déficitaire.

Le diagnostic différentiel examine d'autres causes : déficience auditive, déficience intellectuelle, trouble du spectre de l'autisme, privation environnementale, trouble psychiatrique. Une approche pluridisciplinaire est la règle (médecin, neuropsychologue, orthophoniste, ORL, psychologue, enseignants). L'éthique exige de respecter le consentement et le secret professionnel.

À retenir

Trouble développemental du langage et retards de parole L3

Le trouble développemental du langage (TDL, ancien « dysphasie » ou « trouble spécifique du langage oral ») est un trouble persistant de l'acquisition et de l'usage du langage, sans cause identifiable (pas de surdité, de déficience intellectuelle, de lésion, de privation). Il toucherait environ 7 % des enfants selon une étude de référence (Tomblin et al., 1997, population anglophone). Il se manifeste par des difficultés d'expression (vocabulaire réduit, phrases courtes, erreurs de morphosyntaxe) et/ou de compréhension. Le consensus CATALISE (2016-2017) a harmonisé les termes.

Marqueurs cliniques : retard d'apparition des mots et des phrases, difficultés en morphosyntaxe (accord, pronoms clitiques, temps), répétition de non-mots difficile (indicateur de déficit de mémoire phonologique), troubles de la narration. Des facteurs de risque : antécédents familiaux, prématurité, sexe masculin. Des comorbidités sont courantes avec la dyslexie, le TDAH et la coordination motrice. Le TDL a des conséquences scolaires et sociales ; une prise en charge précoce et des aménagements scolaires aident.

Distinguer : le retard de parole (erreurs d'articulation et de simplification phonologique : « tatin » pour « tartine » persistant au-delà de l'âge attendu), le trouble des sons de la parole, la dyspraxie verbale (trouble de la programmation motrice de la parole), le retard simple de langage (« late talker » : enfant avec vocabulaire expressif réduit à 24 mois, dont une partie rattrape) et la dysarthrie (trouble d'exécution lié à un déficit neuromoteur).

Évaluation : batteries étalonnées en français (par exemple L2MA-2, N-EEL, EVALO), tests de répétition de non-mots, vocabulaire en dénomination et compréhension, narration. Rééducation : approches ciblées sur la morphosyntaxe, le vocabulaire, la conscience phonologique, la guidance parentale.

À retenir

Troubles spécifiques des apprentissages : dyslexie et dysorthographie L3

La dyslexie développementale est un trouble spécifique de l'apprentissage de la lecture (reconnaissance des mots, décodage) persistant malgré un enseignement adapté, en l'absence de déficience intellectuelle ou sensorielle. La dysorthographie est le trouble associé de l'écriture orthographique. Prévalence : de l'ordre de 5 à 8 % selon les critères. Le DSM-5 parle de « trouble spécifique des apprentissages avec déficit de la lecture ».

Typologie : forme phonologique (difficulté à convertir graphèmes en phonèmes ; erreurs sur les pseudo-mots), forme de surface (difficulté à reconnaître globalement les mots irréguliers ; erreurs de régularisation : « monsieur » lu comme il s'écrit), forme mixte. La cause prédominante est un déficit de traitement phonologique (conscience phonologique, vitesse de dénomination rapide, mémoire verbale à court terme) ; d'autres facteurs sont discutés (attention visuelle, apprentissage procédural). Une composante héréditaire est établie.

Évaluation : lecture de mots réguliers, irréguliers et de pseudo-mots, test de lecture de texte (par exemple « L'alouette »), dictées, épreuves de conscience phonologique. Le diagnostic nécessite un bilan orthophonique et, selon les cas, neuropsychologique et ophtalmologique. Rééducation : entraînement phonologique, correspondances graphème-phonème, lecture fluide, stratégies compensatoires, outils numériques.

École : les aménagements (temps supplémentaire, police adaptée, dictée à l'adulte, outils numériques) relèvent d'un PAP (plan d'accompagnement personnalisé) ou d'un PPS via la MDPH. Les polices dites « pour dyslexiques » n'ont pas de preuve robuste d'efficacité ; l'espacement des lettres est plus étayé. Les mythes (« confusion de lettres miroir », « problème de vue ») sont infondés.

À retenir

Bégaiement, troubles de la voix et de la déglutition L3

Le bégaiement est un trouble de la fluence : répétitions de sons ou de syllabes, prolongations, blocages, souvent accompagnés de tensions et d'évitements. Il touche environ 5 % des enfants (début typique entre 2 et 5 ans) dont une majorité récupère spontanément, et environ 1 % des adultes. Il est multifactoriel : prédisposition génétique, facteurs neuromoteurs, émotionnels et environnementaux. Il varie selon les situations (parole chantée ou chuchotée parfois fluide). La rééducation (programme Lidcombe pour les jeunes enfants, techniques de modification du bégaiement, de fluence, thérapies cognitives) améliore la communication et réduit la détresse. Les conseils aux parents : écouter sans finir les phrases, ne pas imposer de ralentir.

Les troubles de la voix (dysphonies) sont des altérations de la qualité vocale : voix rauque, soufflée, tendue, fatigable. Causes fonctionnelles (surmenage vocal, technique inadaptée : enseignants, chanteurs, téléconseillers), organiques (nodules, polypes, œdème, paralysie laryngée, cancer du larynx) ou neurologiques. Toute dysphonie persistante au-delà de quelques semaines impose une consultation ORL avec laryngoscopie. La rééducation vocale travaille la respiration, la posture, la résonance et l'hygiène vocale. Le schéma 3D de l'appareil phonatoire permet de visualiser les composantes (soufflerie, larynx, résonateurs).

Les troubles de la déglutition (dysphagie) relèvent aussi de l'orthophonie : fausses routes, toux au repas, risque de pneumopathie d'inhalation ; ils sont fréquents après AVC, dans les maladies neurodégénératives et chez la personne âgée. La déglutition atypique chez l'enfant (interposition linguale) est liée aux problèmes de croissance dentofaciale. Les troubles d'origine laryngée et la laryngectomie mobilisent la rééducation de la voix œsophagienne ou la prothèse phonatoire.

À retenir

Troubles acquis : aphasies, démences, dysarthries L3

Les aphasies (voir neurolinguistique) résultent d'une lésion cérébrale, surtout un AVC gauche. L'évaluation utilise des batteries (Montréal-Toulouse, BDAE, BETA) pour la fluence, la dénomination, la compréhension, la répétition, la lecture. La rééducation intensive et précoce est efficace ; elle associe stimulation, stratégies de contournement (communication augmentée, gestes) et guidance des proches. Le pronostic dépend de l'étendue de la lésion et de l'âge. Les aphasies progressives primaires (formes agrammatique, sémantique, logopénique) sont d'origine neurodégénérative.

Les démences altèrent le langage à des degrés divers : dans la maladie d'Alzheimer, le manque du mot et la perte de la mémoire sémantique apparaissent progressivement ; dans la démence sémantique, la perte des concepts est le symptôme central ; dans la démence frontotemporale, les troubles de la parole et du comportement dominent. La maladie de Parkinson entraîne une dysarthrie hypokinétique (voix faible, monotone, articulation réduite), traitée par des méthodes intensives (LSVT LOUD).

Les dysarthries sont des troubles de l'exécution motrice de la parole (flasque, spastique, ataxique, hypokinétique, hyperkinétique, mixte), dus à des atteintes neurologiques (AVC, sclérose latérale amyotrophique, sclérose en plaques, traumatisme). Elles diffèrent de l'apraxie de la parole (programmation). Les troubles cognitivo-communicatifs après lésion de l'hémisphère droit ou traumatisme crânien touchent la pragmatique (discours, prosodie, humour).

Les outils de communication alternative et augmentée (CAA) : pictogrammes, tableaux de communication, synthèse vocale, suivi du regard, sont précieux pour les patients non-oralisants. Ils ne freinent pas la récupération de la parole quand elle est possible.

À retenir

Surdité, trouble du spectre de l'autisme et communication L3

La surdité (déficience auditive) a un effet majeur sur l'acquisition du langage oral si elle n'est pas dépistée. En France, un dépistage néonatal est systématique (potentiels évoqués auditifs, otoémissions). Les surdités sont classées par degré (légère, moyenne, sévère, profonde ; mesures en dB HL moyenne sur 500-4 000 Hz) et par type (de transmission, neurosensorielle). Les prises en charge : appareillage (prothèses), implant cochléaire (stimulation électrique du nerf auditif, indiqué dans les surdités profondes et sévères avec peu de bénéfice des prothèses), rééducation orthophonique, langue des signes française (LSF), bilinguisme LSF/français. Les choix (oralisme, bilinguisme, communication totale) relèvent de la famille ; des études associent l'accès précoce à une langue (signée ou orale) à de meilleurs développements.

Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) se caractérise par des difficultés de communication et d'interaction sociales et des comportements restreints ou répétitifs. Le langage est très variable : absence de langage verbal, retard, ou langage formellement correct avec difficultés pragmatiques (compréhension de l'implicite, de l'ironie, alternance des tours de parole), écholalie, prosodie atypique. L'attention conjointe est un marqueur précoce. L'accompagnement associe des approches développementales et comportementales fondées sur des preuves, la CAA et l'éducation des parents (recommandations de la HAS).

Autres situations : mutisme sélectif (anxiété sociale), troubles cognitifs et langage (déficience intellectuelle, trisomie 21 : retard de langage, syndrome de Williams), fentes labio-palatines (troubles de la résonance nasale et de l'articulation), troubles liés aux privations. Chaque situation requiert un bilan individuel : la pathologie ne se définit pas par une seule étiquette.

À retenir

Évaluation, rééducation et pratique fondée sur les preuves M

La pratique fondée sur les preuves (evidence-based practice) articule trois éléments : les meilleures données de la recherche, l'expertise clinique et les préférences du patient. Les niveaux de preuve vont des essais contrôlés randomisés et méta-analyses aux études de cas et avis d'experts. En orthophonie, de nombreuses interventions ont un niveau de preuve limité par la taille des échantillons et l'hétérogénéité des troubles. Des recommandations (HAS, Orthophonie et Recherche, Cochrane) aident à choisir.

Principes de rééducation : un objectif défini et mesurable, une ligne de base, une intensité adaptée, le transfert aux situations de vie, la généralisation, l'implication de l'entourage. Les designs à cas unique (lignes de base multiples) permettent de tester l'effet d'une intervention chez un patient. On évalue l'efficacité par la taille d'effet (d de Cohen) et la différence cliniquement significative, pas seulement par la significativité statistique.

Outils de mesure : fidélité (test-retest, inter-juges), validité, sensibilité et spécificité d'un test de dépistage. La sensibilité est la proportion de malades correctement identifiés ; la spécificité la proportion de non-malades correctement identifiés ; la valeur prédictive positive dépend de la prévalence.

Considérations éthiques et sociales : respect de l'autonomie, information claire, qualité de vie comme critère central, accessibilité (délais d'attente, inégalités territoriales), langues familiales et culture, formation continue. La recherche en orthophonie est une discipline en développement qui demande des études collaboratives.

À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Quel professionnel de santé évalue et rééduque les troubles du langage en France ?

    1. L'instituteur, dans le cadre de la classe ordinaire
    2. Le psychomotricien, exclusivement pour les troubles du geste
    3. L'orthophoniste, sur prescription médicale
    4. Le pharmacien, lors de la délivrance d'un médicament

    Réponse : L'orthophoniste, sur prescription médicale. L'orthophoniste fait un bilan, pose un projet de rééducation et suit le patient, en lien avec le médecin prescripteur et les autres professionnels.

  2. Quelle est la durée de formation des orthophonistes ?

    1. Cinq ans, avec un grade de master
    2. Deux ans après le baccalauréat
    3. Trois ans seulement, avec un grade de licence
    4. Huit ans, avec un doctorat obligatoire

    Réponse : Cinq ans, avec un grade de master. Depuis 2013, le certificat de capacité d'orthophoniste est reconnu au grade master. La formation compte des cours théoriques et de nombreux stages.

  3. En quoi un retard de langage diffère-t-il d'un trouble ?

    1. Il n'y a jamais de rééducation proposée pour un retard
    2. La cause est toujours d'origine organique et mesurable
    3. L'âge de l'enfant est toujours plus avancé que pour un trouble
    4. La trajectoire est plus lente, mais suit la progression habituelle

    Réponse : La trajectoire est plus lente, mais suit la progression habituelle. Dans un retard, l'enfant rattrape à son rythme ; dans un trouble, la trajectoire s'écarte durablement de la norme (déviance persistante).

  4. Un test étalonné compare la performance d'un enfant…

    1. À celle d'un seul autre enfant choisi au hasard
    2. À celle d'une population de référence du même âge
    3. À celle d'un dictionnaire ou d'un manuel scolaire
    4. À celle d'un texte jugé difficile par l'enseignant

    Réponse : À celle d'une population de référence du même âge. L'étalonnage fournit des normes (moyenne, écart-type) pour situer un score. C'est ce qui permet de dire qu'une performance est faible, moyenne ou forte.

  5. Quel seuil est classiquement retenu pour une performance déficitaire ?

    1. Deux écarts-types au-dessus de la moyenne de la norme
    2. Deux écarts-types sous la moyenne de la norme
    3. Exactement la moyenne obtenue par tous les enfants
    4. Un demi écart-type sous la moyenne de la norme

    Réponse : Deux écarts-types sous la moyenne de la norme. Les seuils varient selon les tests et les recommandations ; on distingue aussi une zone de fragilité (−1 à −2 écarts-types), qui demande du suivi.

Faire le QCM complet (31 questions) Réviser les 35 fiches

Autres cours