🌳 Syntaxe

Constituants, syntagmes, fonctions, arbres, valence, subordination, grammaire générative et approches en dépendance.

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Constituants et tests syntaxiques L1

La syntaxe étudie la manière dont les mots se combinent pour former des phrases. Une phrase n'est pas une simple suite de mots : ceux-ci se regroupent en constituants, unités qui se comportent ensemble. Dans « Le petit chat dort sur le canapé », « le petit chat » et « sur le canapé » sont des constituants ; « chat dort sur » n'en est pas un.

Plusieurs tests permettent d'identifier un constituant. La pronominalisation : un constituant peut être remplacé par un pronom (« Il dort sur le canapé » ; « Le petit chat y dort »). Le déplacement ou la mise en relief : « C'est sur le canapé que le petit chat dort. » La coordination : on ne coordonne que des constituants de même type (« le petit chat et le chien »). L'interrogation partielle : « Qui dort sur le canapé ? » L'effacement (un constituant facultatif peut disparaître) et la réponse fragment (« Où dort-il ? — Sur le canapé »).

Ces tests ne sont pas infaillibles : certains constituants échappent à certains tests (le sujet ne se déplace pas aisément), et les tests peuvent donner des résultats contradictoires. On les utilise en convergence, jamais isolément.

Notions complémentaires : la tête (ou noyau) d'un constituant détermine sa catégorie et ses propriétés (le nom dans un groupe nominal, le verbe dans un groupe verbal), les dépendants la complètent. Les relations hiérarchiques (dominance) et linéaires (précédence) sont les deux dimensions d'une structure syntaxique.

À retenir

Catégories, syntagmes et fonctions L1

Les mots appartiennent à des catégories grammaticales (parties du discours) : nom (N), verbe (V), adjectif (Adj), déterminant (Dét), préposition (Prép), adverbe (Adv), pronom, conjonction. Un mot et ses dépendants forment un syntagme (ou groupe) dont la catégorie est celle de la tête : syntagme nominal (SN), verbal (SV), prépositionnel (SP), adjectival (SAdj), adverbial. Le syntagme peut contenir d'autres syntagmes : c'est la récursivité.

Il faut distinguer la catégorie (nature : un SN) de la fonction (rôle dans la phrase : sujet, objet direct, objet indirect, attribut, complément circonstanciel, complément du nom). Un même SN peut être sujet, objet, attribut. Un même SP peut être complément du verbe ou circonstanciel.

Fonctions principales en français : le sujet (S, accord avec le verbe, pronominalisation en il/elle/ils), le complément d'objet direct (COD, pronominalisation en le/la/les, pas de préposition), le complément d'objet indirect (COI, introduit par à ou de, pronominalisation en lui/leur/y/en), l'attribut du sujet (après un verbe d'état, qualifie le sujet), les compléments circonstanciels (lieu, temps, manière, déplaçables et supprimables).

Trois précautions. Premièrement, les termes traditionnels (sujet, COD) ne coïncident pas toujours avec les rôles sémantiques : le sujet n'est pas toujours l'agent (« La porte s'ouvre »). Deuxièmement, des syntaxes différentes utilisent des étiquettes différentes (GN/GV ou SN/SV). Troisièmement, la distinction entre complément essentiel et ajout (argument vs adjoint) est graduelle.

À retenir

Structure de phrase et arbres syntaxiques L1

On représente la structure des phrases par des arbres : parenthésages étiquetés ou diagrammes. La grammaire syntagmatique formule des règles de réécriture : P → SN SV ; SN → Dét N ; SV → V SN ; SP → Prép SN. Chaque règle précise de quoi un constituant est composé. Un arbre est une dérivation en ces règles, et l'ensemble des règles forme une grammaire.

La phrase « Le chat mange la souris » correspond à l'arbre [P [SN [Dét le] [N chat]] [SV [V mange] [SN [Dét la] [N souris]]]]. Le nœud P domine toute la phrase ; SN et SV sont des nœuds sœurs. La relation de domination définit la hiérarchie ; la précédence l'ordre linéaire.

Les arbres rendent visible l'ambiguïté structurale : « Paul regarde la fille avec un télescope » admet deux structures selon que le SP « avec un télescope » se rattache au SV (Paul utilise le télescope) ou au SN (la fille a le télescope). Le schéma 3D met ces deux analyses en couches superposées pour comparer.

La récursivité est la propriété d'un syntagme de contenir un syntagme de même catégorie : un SN contient un SP qui contient un SN (« le chat de la voisine du troisième »). Elle rend l'ensemble des phrases possibles illimité à partir d'un lexique et de règles finis. Pour compter les analyses possibles d'une suite de mots, on utilise les nombres de Catalan : le nombre d'arbres binaires à n feuilles vaut C(n−1), qui croît très vite (14 pour 5 feuilles).

À retenir

Valence, structure argumentale et diathèses L2

La valence d'un verbe est le nombre et le type des compléments qu'il exige (ses arguments). Un verbe impersonnel (il pleut) est avalent ; dormir est monovalent (un sujet) ; manger et voir sont bivalents (sujet + objet direct) ; donner est trivalent (sujet + objet direct + objet indirect). Un adjoint (complément circonstanciel) est facultatif et ne fait pas partie de la valence.

Les arguments ont des rôles thématiques (ou rôles sémantiques) : agent (qui fait l'action), patient (qui la subit), expérienceur (qui perçoit), bénéficiaire, instrument, locatif. La correspondance rôle-fonction n'est pas biunivoque : dans « Marie ouvre la porte avec la clé » l'agent est sujet, mais dans « La clé ouvre la porte » c'est l'instrument qui l'est.

Les diathèses changent la correspondance entre rôles et fonctions. Le passif (« La souris est mangée par le chat ») promeut le patient en sujet et rétrograde l'agent en complément facultatif. Le moyen (« Ce livre se lit facilement »), le pronominal, l'impersonnel (« Il est arrivé trois lettres »). Les alternances (causative/inchoative : « Marie casse le vase » / « Le vase casse ») sont étudiées en détail par Levin (1993) pour l'anglais.

Dans les grammaires de valence (Tesnière), le verbe est le centre de la phrase et ses actants en dépendent. Ce point de vue conduit aux grammaires de dépendance, qui s'opposent partiellement aux grammaires de constituants.

À retenir

Phrase complexe : coordination, subordination, récursivité L2

Une phrase simple contient une seule proposition (un verbe conjugué). Une phrase complexe en contient plusieurs, reliées par juxtaposition (« Il est venu, il a vu, il a vaincu »), coordination ou subordination.

La coordination relie des unités de même statut au moyen d'une conjonction (et, ou, mais, car, donc, ni) ; elle est symétrique. La subordination insère une proposition dans une autre, qui joue alors une fonction : complétive (« Je pense que tu as raison », COD), relative (« L'homme qui parle », complément du nom), circonstancielle (« Il est parti parce qu'il pleuvait »). Les subordonnées se reconnaissent à des subordonnants : conjonctions de subordination (que, quand, si, parce que) ou pronoms relatifs (qui, que, dont, où).

Une subordonnée est un constituant enchâssé dans la principale, d'où la représentation en profondeur : dans l'arbre 3D, la subordonnée s'éloigne de la couche principale. Une relative peut elle-même contenir une relative (« Le chien que le voisin que j'ai rencontré possède aboie »), au prix d'une difficulté de traitement croissante (enchâssement central).

Tests : une subordonnée est déplaçable ou effaçable selon son rôle ; la complétive se remplace par un SN (« Je pense que tu as raison » ≈ « Je pense cela »). Distinguer que conjonction (introduit une complétive) et que pronom relatif (reprend un antécédent et occupe une fonction dans la relative). Le mode (indicatif, subjonctif) dépend du verbe ou du subordonnant.

À retenir

Syntaxe générative : de la structure profonde au mouvement L3

Avec Syntactic Structures (1957) et Aspects of the Theory of Syntax (1965), Chomsky propose de décrire la compétence par une grammaire générative : un système fini de règles engendrant toutes (et seulement) les phrases grammaticales. Les premières versions distinguaient une structure profonde et une structure de surface reliées par des transformations (passif, interrogation).

Les versions suivantes (Principes et paramètres, 1981 ; programme minimaliste, 1995) abandonnent l'essentiel des règles spécifiques. La théorie X-barre formule un schéma universel : tout syntagme (XP) est organisé autour d'une tête X, avec un complément et un spécifieur : XP → (Spec) X', X' → X (Compl). La phrase est un syntagme de flexion (TP/IP), la subordonnée et la périphérie gauche un syntagme complémenteur (CP).

Le mouvement déplace un constituant en laissant une trace : « Quel livre Marie a lu ? » est dérivé de « Marie a lu quel livre » par déplacement du syntagme interrogatif en spécifieur de CP (le schéma 3D relie les deux niveaux). Les mouvements sont soumis à des contraintes : les îles (Ross, 1967) bloquent certaines extractions (« *Qui as-tu rencontré l'homme qui a vu ? »).

Le minimalisme remplace les structures par une opération universelle, Merge, qui combine deux objets en un nouvel objet ; le mouvement est un cas de Merge interne (réutilisation d'un élément déjà fusionné). Des paramètres (ordre tête-complément, sujet nul) expliquent la variation entre langues. L'hypothèse de la Grammaire universelle (GU) soutient que la dotation innée oriente l'acquisition, hypothèse centrale et contestée.

À retenir

Dépendance, constructions et autres approches L3

Les arbres de constituants ne sont pas la seule représentation. La grammaire de dépendance (Tesnière, Éléments de syntaxe structurale, 1959) représente la phrase par des relations binaires entre mots : le verbe est le centre, ses dépendants (sujet, objets) sont des actants, tout dépend d'une tête. Le stemma de Tesnière est un arbre de dépendance. Il n'y a pas de nœuds intermédiaires (SN, SV) : seulement des mots reliés.

Le projet Universal Dependencies (UD) fournit des corpus annotés en dépendances pour plus de cent langues, avec un jeu commun d'étiquettes (nsubj, obj, obl, amod…), très utilisé en TAL. Les grammaires lexicales-fonctionnelles (LFG, Bresnan) distinguent structure de constituants et structure fonctionnelle ; la HPSG (Pollard et Sag) représente les mots comme des structures de traits unifiées ; les grammaires catégorielles (Steedman) composent des types fonctionnels.

Les grammaires de construction (Goldberg, Croft) rejettent la séparation stricte entre lexique et syntaxe : la langue est un inventaire de constructions (couples forme-sens), des idiomes aux schémas abstraits (le double-objet : « Elle lui a envoyé un mail »). Elles rejoignent les approches fondées sur l'usage (voir la linguistique cognitive).

Ces cadres divergent dans leurs représentations mais partagent des phénomènes à expliquer : accords, rection, ordre, dépendances à longue distance. Pour le TAL, le choix dépend des corpus et des tâches ; pour la linguistique théorique, il dépend de la capacité à expliquer à la fois la variation et l'universalité.

À retenir

Grammaticalité, acceptabilité et données syntaxiques M

La syntaxe formelle s'appuie sur des jugements d'acceptabilité. Chomsky (1957) montre que « Colorless green ideas sleep furiously » est syntaxiquement bien formée mais dénuée de sens, tandis que « *Furiously sleep ideas green colorless » est mal formée : la grammaticalité ne se réduit pas au sens ni à la probabilité d'occurrence.

Les jugements sont toutefois gradients et sensibles à des facteurs extra-grammaticaux : charge mémoire (enchâssement central), plausibilité, longueur, ponctuation. Les phénomènes d'illusion de grammaticalité (par exemple, des phrases à deux verbes jugées acceptables à tort) montrent que le traitement en temps réel influe sur le jugement. D'où l'importance d'une méthodologie expérimentale : plusieurs participants, items contrôlés, échelles de jugement (Likert, magnitude estimation), analyse statistique (modèles mixtes).

Les corpus (écrits, oraux, treebanks) fournissent la fréquence des structures et révèlent des constructions oubliées par l'introspection. Les approches basées sur l'usage soutiennent que la fréquence est constitutive de la grammaire. Les débats récents confrontent la syntaxe formelle aux modèles de langue neuronaux : ces derniers prédisent des jugements d'acceptabilité sans règles explicites, ce qui relance la question de l'innéité.

Il faut enfin des tests de réplication : plusieurs études ont réexaminé des jugements de manuels classiques, et trouvé qu'une partie ne reproduit pas de façon robuste. L'honnêteté méthodologique exige de distinguer cas robustes et cas fragiles.

À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Un constituant est…

    1. Un mot
    2. Une syllabe
    3. Un groupe de mots qui se comporte comme une unité
    4. Une phrase complexe

    Réponse : Un groupe de mots qui se comporte comme une unité. Il se repère par des tests (pronominalisation, déplacement…).

  2. Quel test consiste à remplacer un groupe par un pronom ?

    1. La pronominalisation
    2. La coordination
    3. Le clivage
    4. L'effacement

    Réponse : La pronominalisation. Marie a lu [un livre] → Marie l'a lu.

  3. Quel est le noyau d'un syntagme nominal ?

    1. Le déterminant
    2. La préposition
    3. L'adjectif
    4. Le nom

    Réponse : Le nom. La tête détermine la catégorie du syntagme.

  4. SN, SV, SP désignent…

    1. Des fonctions
    2. Des catégories syntagmatiques
    3. Des phonèmes
    4. Des morphèmes

    Réponse : Des catégories syntagmatiques. Syntagme nominal, verbal, prépositionnel.

  5. Quelle est la fonction de « une pomme » dans « Marie mange une pomme » ?

    1. Sujet
    2. COD
    3. COI
    4. Attribut

    Réponse : COD. Elle se pronominalise en la ou en l'.

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