🔊 Phonétique

Produire, mesurer et percevoir les sons de la parole : articulation, API, acoustique, audition, prosodie.

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Objet et branches de la phonétique L1

La phonétique étudie les sons de la parole en tant que réalités physiques et physiologiques : comment on les produit, comment ils se propagent, comment on les perçoit. Elle se distingue de la phonologie, qui étudie la fonction de ces sons dans le système d'une langue (quels contrastes distinguent des mots). Un même objet, deux points de vue : la phonétique décrit « ce qui se passe », la phonologie « ce qui compte ».

On distingue classiquement trois branches. La phonétique articulatoire décrit les gestes des organes phonatoires (lèvres, langue, voile, glotte). La phonétique acoustique analyse le signal sonore : fréquence, intensité, durée, spectre, formants. La phonétique auditive (ou perceptive) s'intéresse à la façon dont l'oreille et le cerveau traitent ce signal. S'y ajoutent la phonétique expérimentale (mesures instrumentales : Praat, électropalatographie, IRM, ultrasons) et la phonétique clinique.

La parole est un continuum sans pauses systématiques entre les mots, produit à environ 12 à 15 sons par seconde en parole spontanée. Un son n'est jamais produit isolément : chaque articulation est influencée par ses voisines (coarticulation). C'est ce qui rend la segmentation en « sons » à la fois indispensable à la description et approximative.

Les unités phonétiques sont notées entre crochets droits [ ], les unités phonologiques entre barres obliques / /. Ainsi, [pʰ] note un son précis (un /p/ aspiré), tandis que /p/ note l'unité abstraite du système.

À retenir

L'appareil phonatoire et la production de la parole L1

La parole résulte de la coordination de trois sous-systèmes. La soufflerie (poumons, diaphragme, muscles intercostaux) fournit un flux d'air expiratoire. Le vibrateur (larynx) transforme ce flux : les plis vocaux, rapprochés et tendus, vibrent et produisent un son périodique (le voisement). Les résonateurs et articulateurs (pharynx, cavité buccale, cavité nasale, langue, lèvres, mâchoire, voile du palais) filtrent et modèlent ce son.

Le modèle source-filtre (Fant, 1960) formalise cette idée : la source (vibration glottique ou bruit de friction) est indépendante du filtre (le conduit vocal). Changer la forme du conduit change les résonances, donc le timbre, sans changer la hauteur. On peut chuchoter une voyelle (source = bruit) ou la chanter à différentes hauteurs (source = vibration) en gardant le même timbre.

Les articulateurs passifs sont fixes (dents, alvéoles, palais dur) ; les articulateurs actifs sont mobiles (lèvres, langue, voile, glotte). Le voile du palais, relevé, ferme l'accès à la cavité nasale (sons oraux) ; abaissé, il laisse passer l'air par le nez (consonnes et voyelles nasales). Chez l'adulte, la fréquence fondamentale (f0) moyenne est d'environ 100 à 120 Hz chez les hommes et 190 à 220 Hz chez les femmes, valeurs indicatives.

Explore le schéma 3D : déplace la langue, arrondis les lèvres, abaisse le voile ou coupe le voisement, et observe le son décrit.

À retenir

L'alphabet phonétique international et la transcription L1

L'Alphabet phonétique international (API, ou IPA), créé en 1886 par l'Association phonétique internationale, vise à noter chaque son de manière univoque : un symbole pour un son, indépendamment de l'orthographe. Il emprunte surtout à l'alphabet latin, complété de symboles spéciaux et de diacritiques (nasalisation ~, aspiration ʰ, longueur ː, dévoisement ̥…). L'API est révisé périodiquement ; consulte toujours la version à jour sur le site de l'association.

On distingue la transcription large (phonémique), qui ne note que les contrastes pertinents de la langue (/pɑ̃/), et la transcription étroite (phonétique), qui note des détails de réalisation ([pʰɑ̃], [pɑ̃ː]). Une transcription large est toujours relative à une langue ; une transcription étroite sert à décrire un énoncé réel ou à comparer des variétés.

En français, quelques correspondances à connaître : « chat » [ʃa], « jour » [ʒuʁ], « agneau » [aɲo], « huit » [ɥit], « pain » [pɛ̃], « blanc » [blɑ̃], « bon » [bɔ̃], « un » [œ̃] (en voie de disparition au profit de [ɛ̃] dans de nombreuses variétés). Le r français standard est une fricative uvulaire voisée [ʁ].

Bonnes pratiques : transcrire ce qui est prononcé et non ce qui est écrit, repérer les lettres muettes (« doigt » [dwa]), les liaisons ([lezami]) et les e muets facultatifs. Indique toujours la variété de référence (français standard de France, québécois, belge…) car les inventaires de voyelles diffèrent.

À retenir

Les consonnes : lieu, mode, voisement L1

Une consonne se définit articulatoirement par un obstacle (fermeture ou rétrécissement) opposé au passage de l'air dans le conduit vocal. On la décrit par trois paramètres : le lieu d'articulation (où se situe l'obstacle), le mode d'articulation (de quelle nature est l'obstacle) et le voisement (vibration ou non des plis vocaux).

Lieux, de l'avant vers l'arrière : bilabial ([p b m]), labio-dental ([f v]), dental, alvéolaire ([t d n s z l]), post-alvéolaire ([ʃ ʒ]), palatal ([ɲ j]), vélaire ([k ɡ ŋ]), uvulaire ([ʁ]), pharyngal, glottal ([ʔ h]). Modes : occlusives (fermeture complète puis relâchement : [p t k b d ɡ]), fricatives (rétrécissement produisant une turbulence : [f s ʃ v z ʒ ʁ]), nasales (occlusion orale, voile abaissé : [m n ɲ]), approximantes ([j w ɥ]), latérales ([l]), vibrantes (battue ou roulée : [r ɾ]).

Le français standard compte 17 consonnes plus 3 semi-consonnes (approximantes) selon la description la plus courante : [p b t d k ɡ f v s z ʃ ʒ m n ɲ l ʁ] et [j w ɥ]. [ŋ] n'apparaît que dans des emprunts (« parking »). Les oppositions de voisement s'organisent en paires : [p/b], [t/d], [k/ɡ], [f/v], [s/z], [ʃ/ʒ].

Dans le schéma, chaque consonne est un point d'un cube : x = lieu, y = mode, z = voisement. Les cases vides du cube sont des sons possibles mais non attestés en français, ou même rares dans les langues du monde.

À retenir

Les voyelles : aperture, antériorité, arrondissement L1

Une voyelle est produite sans obstacle significatif dans le conduit vocal : son timbre dépend uniquement de la forme du résonateur. On la décrit par la position de la langue et des lèvres. L'aperture (ou degré d'ouverture) distingue les voyelles fermées ([i y u]), mi-fermées ([e ø o]), mi-ouvertes ([ɛ œ ɔ]) et ouvertes ([a ɑ]). L'antériorité (lieu) oppose voyelles antérieures ([i e ɛ y ø œ a]), centrales ([ə]) et postérieures ([u o ɔ ɑ]). L'arrondissement distingue [i] (lèvres étirées) de [y] (lèvres arrondies), à position de langue quasi identique. La nasalité s'ajoute quand le voile est abaissé : [ɛ̃ ɑ̃ ɔ̃ œ̃].

Le français standard est riche en voyelles : 12 orales ([i e ɛ a ɑ ɔ o u y ø œ ə]) et 4 nasales ([ɛ̃ ɑ̃ ɔ̃ œ̃]), même si [ɑ] (« pâte ») opposé à [a] (« patte ») et [œ̃] (« brun ») reculent dans de nombreuses variétés. Particularité typologique : le français a des voyelles antérieures arrondies ([y ø œ]), rares dans les langues du monde.

Le trapèze vocalique représente schématiquement ces positions. Les voyelles cardinales de Daniel Jones sont des points de référence auditifs. Les diphtongues, absentes du français standard (qui n'a que des séquences voyelle + semi-voyelle comme [wa] dans « roi »), sont fréquentes en anglais ([aɪ] dans « time »).

À retenir

Acoustique de la parole : fréquence, formants, spectrogramme L2

Un son est une variation de pression de l'air. Ses propriétés physiques principales sont la fréquence (en hertz, corrélat de la hauteur perçue), l'amplitude ou intensité (en décibels, corrélat du volume) et la durée. Un son voisé est périodique : sa période T donne la fréquence fondamentale f0 = 1/T. Il se décompose en une somme d'harmoniques, multiples entiers de f0 (f0, 2·f0, 3·f0…).

Le conduit vocal agit comme un filtre : il amplifie certaines régions de fréquences, les formants (F1, F2, F3…), qui sont des résonances. Pour un tube uniforme fermé à une extrémité et ouvert à l'autre, de longueur L, les résonances valent Fn = (2n − 1)·c / 4L, soit environ 500, 1 500, 2 500 Hz pour L = 17,5 cm : c'est le schwa « neutre ». Les voyelles se distinguent essentiellement par F1 et F2 : F1 monte quand la voyelle est plus ouverte, F2 monte quand la langue est plus avancée et baisse avec l'arrondissement.

Le spectrogramme représente le temps (horizontal), la fréquence (vertical) et l'intensité (noirceur ou couleur). Les formants apparaissent comme des bandes sombres ; les fricatives sourdes comme du bruit dans les hautes fréquences ([s] au-dessus de 4 000 Hz) ; les occlusives comme un silence suivi d'une « barre d'explosion ». Dans les schémas 3D, l'espace vocalique F1/F2/F3 et le spectre « cascade » rendent ces relations visibles.

À retenir

Audition et perception de la parole L2

Le son atteint le tympan, dont les vibrations sont transmises par la chaîne des osselets (marteau, enclume, étrier) à la cochlée, structure spiralée remplie de liquide. L'étrier appuie sur la fenêtre ovale ; l'onde se propage le long de la membrane basilaire, dont la raideur varie : étroite et rigide à la base (réponse aux fréquences aiguës), large et souple à l'apex (réponse aux graves). C'est la tonotopie (voir le schéma 3D). Les cellules ciliées convertissent le mouvement en signaux nerveux transmis au nerf auditif, puis au cortex auditif.

La perception n'est pas linéaire. Pour la hauteur, les échelles mel (Stevens) et Bark (Zwicker) ou ERB compressent les hautes fréquences : entre 100 et 200 Hz, la différence est bien plus saillante qu'entre 5 000 et 5 100 Hz. La plage audible humaine, chez le jeune adulte, va d'environ 20 Hz à 20 kHz, la parole se concentrant entre 100 Hz et 8 kHz.

La perception catégorielle est un phénomène central : des stimuli variant progressivement (par exemple le VOT, voice onset time, délai entre le relâchement de l'occlusive et le début du voisement) sont perçus comme appartenant à deux catégories (/b/ vs /p/) avec une frontière nette. Lisker et Abramson (1964) ont montré que les langues placent cette frontière à des endroits différents : en français /p/ a un VOT court (autour de +10 à +30 ms), en anglais /p/ initial est aspiré (VOT long, environ +50 ms ou plus).

Enfin, la perception de la parole est active : le contexte, les attentes lexicales et la vision (effet McGurk) modifient ce qui est entendu.

À retenir

Prosodie, coarticulation et phonétique expérimentale L3

La prosodie regroupe les phénomènes qui dépassent le segment : intonation (variation de f0), accent (proéminence d'une syllabe), durée (rythme, allongement final) et intensité. En français, l'accent est non lexical : il tombe sur la dernière syllabe pleine d'un groupe rythmique (ou, en emphase, sur la première). En anglais, l'accent est lexical et mobile (REcord nom, reCORD verbe).

L'intonation sert à marquer des modalités (déclarative descendante, interrogative totale montante), la structuration du discours et les attitudes. Elle se mesure sur la courbe de f0 (Praat). Les langues à tons (mandarin, vietnamien, yoruba) utilisent la hauteur au niveau du mot pour distinguer des sens : en mandarin, mā (« mère »), má (« chanvre »), mǎ (« cheval »), mà (« gronder »).

La coarticulation désigne le chevauchement des gestes articulatoires : l'arrondissement du [y] anticipe sur le [ʃ] de « chute » ; la nasalité d'une voyelle anticipe sur la consonne nasale suivante. Elle explique les assimilations (« médecin » [medsɛ̃] pour [medəsɛ̃]) et les réductions en parole rapide. Elle motive la notion d'allophone : variantes contextuelles d'un même phonème.

La phonétique expérimentale mobilise des outils : analyse acoustique (Praat), électroglottographie, électropalatographie, ultrasons et IRM pour la langue, aérodynamique, perception (tests d'identification et de discrimination). Elle exige une méthodologie rigoureuse : corpus contrôlé, nombre suffisant de locuteurs, statistiques adaptées.

À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Quelle discipline étudie la fonction des sons dans le système d'une langue ?

    1. La phonétique acoustique
    2. La phonétique auditive
    3. La phonologie
    4. La morphologie

    Réponse : La phonologie. La phonologie étudie les unités distinctives (phonèmes) et leurs règles ; la phonétique décrit les sons eux-mêmes.

  2. Que note-t-on entre barres obliques / / ?

    1. Un phonème
    2. Un son réellement prononcé
    3. Une lettre
    4. Un morphème

    Réponse : Un phonème. Les barres obliques notent les phonèmes (niveau phonologique), les crochets les sons (niveau phonétique).

  3. Dans « pain » [pɛ̃], combien y a-t-il de sons ?

    1. 1
    2. 3
    3. 4
    4. 2

    Réponse : 2. [p] et [ɛ̃] : la voyelle nasale est un seul son, il n'y a pas de consonne [n].

  4. Le voisement correspond à…

    1. Le passage de l'air par le nez
    2. La vibration des plis vocaux
    3. L'arrondissement des lèvres
    4. Le contact de la langue avec le palais

    Réponse : La vibration des plis vocaux. Un son voisé s'accompagne d'une vibration glottique ; on peut la sentir en posant la main sur le larynx.

  5. Le modèle source-filtre sépare…

    1. Les voyelles et les consonnes
    2. La production du larynx et le filtrage du conduit vocal
    3. L'émission et la réception
    4. La parole et l'écriture

    Réponse : La production du larynx et le filtrage du conduit vocal. La source (larynx) et le filtre (conduit vocal) sont considérés comme indépendants (Fant, 1960).

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