Le lexique : unités et organisation L2
La lexicologie étudie le lexique d'une langue : l'ensemble de ses unités lexicales, leur structure, leurs relations et leur évolution. La lexicographie est la pratique de description et de mise en dictionnaire des mots ; la terminologie étudie les termes d'un domaine spécialisé. On distingue le lexique (ensemble des unités disponibles dans la langue), le vocabulaire (unités employées par un locuteur ou dans un texte) et le dictionnaire (description écrite).
L'unité de base est le lexème, mais le lexique contient aussi des unités plus larges : locutions (« pomme de terre », « prendre la mouche »), expressions figées, proverbes, collocations. La frontière entre mot et unité polylexicale est graduelle. Le lexique se divise en mots lexicaux (ouverts : noms, verbes, adjectifs, adverbes, qui s'enrichissent facilement) et mots grammaticaux (fermés : déterminants, prépositions, pronoms, conjonctions).
Taille du lexique : un dictionnaire usuel comme le Petit Robert compte environ 60 000 mots ; un adulte cultivé connaît entre 30 000 et 60 000 mots selon les définitions et les méthodes (ordres de grandeur). Le vocabulaire actif (utilisé) est inférieur au vocabulaire passif (compris). Selon la loi de Zipf, quelques centaines de mots couvrent une grande part des textes courants : d'où les listes de vocabulaire fondamental pour l'enseignement.
Le lexique est structuré par des relations (synonymie, hyperonymie, antonymie), des familles morphologiques et des champs. Il est aussi stratifié par des marques d'usage : registre, domaine, région, époque, fréquence.
- Lexicologie (étude), lexicographie (dictionnaires), terminologie (domaines).
- Lexique ≠ vocabulaire ≠ dictionnaire.
- Mots lexicaux (classe ouverte) vs grammaticaux (classe fermée).
- Vocabulaire actif < passif ; vocabulaire fondamental.
Formation du lexique : dérivation, composition, emprunt L2
Le lexique s'enrichit par plusieurs voies. La dérivation (préfixes et suffixes : re-lire, chant-eur), la composition (chou-fleur, sourd-muet), la conversion, la troncation et la siglaison, le mot-valise, l'emprunt et le calque, mais aussi le changement de sens (extension, restriction, métaphore) qui crée de la polysémie sans nouvelle forme. Les néologismes peuvent être de forme (mots nouveaux) ou de sens (sens nouveau d'un mot existant : « souris » informatique).
La productivité varie. En français contemporain, les formations par suffixation en -iser, -able, -eur, par préfixation en anti-, dé-, re-, super-, les composés savants (télé-, -thèque) et les emprunts à l'anglais (domaine des techniques, du sport, de la gestion) sont très vivants. Les créations ludiques (verlan : « meuf », « keuf » ; apocopes : « sympa ») jouent un rôle important dans l'argot.
L'étymologie reconstitue l'histoire des mots (voir linguistique historique). Le lexique du français comprend un fonds héréditaire latin, des mots savants (gréco-latins), des emprunts de multiples origines (germanique, arabe, italien, anglais) et des créations internes. Les proportions varient selon les décomptes ; ce qui compte pour le locuteur, c'est que l'origine soit souvent opaque.
Une norme institutionnelle intervient : la Commission d'enrichissement de la langue française publie au Journal officiel des termes recommandés (« courriel », « logiciel »), dont l'adoption dépend de l'usage. Dans d'autres pays francophones (Québec, avec l'Office québécois de la langue française), l'aménagement lexical est plus actif.
- Procédés : dérivation, composition, conversion, troncation, siglaison, emprunt.
- Néologisme de forme / de sens.
- Productivité variable ; verlan et apocope en argot.
- Commission d'enrichissement, OQLF : aménagement du lexique.
Phraséologie : locutions, collocations, expressions figées L2
Une part considérable du lexique est composée d'unités polylexicales. La phraséologie étudie les combinaisons figées ou semi-figées. On distingue : les collocations (association préférentielle de mots, avec un mot choisi librement et un autre sélectionné : « poser une question », « un gros fumeur », « pluie battante »), les locutions (unités figées fonctionnant comme un mot : « tout à coup », « à cause de », « prendre la fuite »), les expressions idiomatiques à sens non compositionnel (« casser sa pipe », « poser un lapin »), les proverbes et formules de routine (« à bientôt », « il n'y a pas de quoi »).
Le figement est graduel. Les tests : impossibilité de remplacer un élément par un synonyme (« *casser sa cigarette »), de passiver (« *la pipe a été cassée par Paul » perd le sens idiomatique), de modifier ou de pronominaliser l'élément nominal. Certaines expressions admettent des variations (« jeter de l'huile sur le feu »). Les collocations sont moins figées mais arbitraires : on dit « faire un effort » mais pas « *prendre un effort », « une forte fièvre » et pas « *une grosse fièvre ».
Mel'čuk a formalisé les collocations par des fonctions lexicales (par exemple Magn : « gros » pour « fumeur », « fort » pour « fièvre » ; Oper₁ : « faire » pour « effort »). La phraséologie joue un rôle majeur dans l'apprentissage des langues (un locuteur natif semble « naturel » grâce à la maîtrise des collocations) et en TAL (traduction, génération).
Sources : le Dictionnaire des expressions et locutions (Rey et Chantreau), les dictionnaires de collocations (Lexique-Grammaire, DiCo), les corpus et outils statistiques.
- Collocations, locutions, expressions idiomatiques, proverbes.
- Figement graduel : tests de substitution, passivation, modification.
- Fonctions lexicales de Mel'čuk (Magn, Oper).
- Importance pour l'apprentissage et le TAL.
Lexicographie : types de dictionnaires et structure d'un article L2
Un dictionnaire est un ouvrage (papier ou numérique) qui présente des unités lexicales avec des informations. On distingue : les dictionnaires de langue (sens, emploi : Petit Robert, Larousse, TLFi, Dictionnaire de l'Académie française) des dictionnaires encyclopédiques (informations sur les choses), les dictionnaires bilingues, historiques et étymologiques (Dictionnaire historique de la langue française), spécialisés (synonymes, rimes, expressions, difficultés, argot), d'apprentissage.
La macrostructure est l'organisation de l'ensemble (entrées, ordre alphabétique ou onomasiologique, annexes). La microstructure est celle d'un article : vedette (mot-entrée), catégorie grammaticale, étymologie, prononciation, définitions numérotées par acception, exemples, marques d'usage (fam., litt., vieilli, Québec), renvois (synonymes, contraires), phraséologie. Les dictionnaires sémasiologiques vont du mot au sens, les onomasiologiques (analogiques, thésaurus) du concept aux mots.
Principe de choix de la nomenclature : fréquence, ancienneté, intérêt, public visé. La lemmatisation fixe la forme d'entrée (infinitif pour les verbes, masculin singulier). Les dictionnaires incorporent aujourd'hui des corpus pour décider des acceptions et exemples, et des mises à jour régulières (le Petit Robert et le Larousse ajoutent chaque année de nouveaux mots). Leur contenu est aussi un choix de politique linguistique : l'Académie française prescrit, d'autres dictionnaires décrivent l'usage.
Les dictionnaires en ligne collaboratifs (Wiktionnaire) sont utiles mais demandent une vérification des sources. Analyser un article de dictionnaire est un exercice classique : repérer la structure et la hiérarchie des sens.
- Dictionnaire de langue vs encyclopédique ; bilingue, historique, spécialisé.
- Macrostructure (ensemble) et microstructure (article).
- Sémasiologique (mot → sens) vs onomasiologique (concept → mots).
- Choix de nomenclature et politique linguistique.
La définition lexicographique et le traitement de la polysémie L3
Définir un mot, c'est en décrire le sens de façon utile pour l'utilisateur. La définition aristotélicienne (genus proximum + differentia specifica) est la plus courante : « chaise : siège à dossier, sans accoudoirs, pour une seule personne » (genre : siège ; différences : dossier, sans accoudoirs, une personne). D'autres types : synonymique (« couper : trancher »), contextuelle ou par l'usage (« hier : jour qui précède aujourd'hui »), par exemple et définition en phrase complète (adoptée par les dictionnaires d'apprentissage comme le COBUILD).
Qualités d'une bonne définition : substituable au défini dans un contexte (test de la substitution), non circulaire (on ne définit pas « jaune » par « de couleur jaune » ; la circularité par cycle de définitions est limitée dans les dictionnaires), plus simple que le défini, de même catégorie que lui (un verbe défini par un verbe), non redondante. Les mots grammaticaux et abstraits se prêtent mal à ce schéma.
La polysémie pose le problème du découpage en acceptions. Le lexicographe regroupe ou sépare des emplois selon des critères (nombre de contextes, relations de dérivation, tests de zeugme). Deux stratégies : « lumpers » (regroupement) et « splitters » (séparation). L'ordre des sens peut être historique, par fréquence ou par dérivation logique. Les mots très polysémiques (« faire », « tête », « passer ») requièrent des critères clairs. Kilgarriff (1997) soutient que les acceptions n'existent pas indépendamment du but lexicographique : elles sont des constructions pour une tâche donnée.
En TAL, la désambiguïsation lexicale doit choisir l'acception ; les inventaires de WordNet sont parfois jugés trop fins, ce qui reflète les mêmes difficultés.
- Définition aristotélicienne : genre prochain + différences spécifiques.
- Qualités : substituable, non circulaire, simple, même catégorie.
- Polysémie : lumpers vs splitters.
- Acceptions : constructions liées au but du dictionnaire.
Terminologie, néologie et ressources numériques L3
La terminologie étudie les termes des langues de spécialité (médecine, droit, informatique) et leurs concepts. Wüster, fondateur de la terminologie classique (Vienne), proposait une approche normative : un concept = un terme, par standardisation. Les approches contemporaines (sociaux-terminologie, terminologie textuelle) soulignent la variation et la polysémie des termes en discours. Un terme relie une désignation (forme) à une notion dans un domaine ; l'ontologie organise les concepts en réseaux.
Travail du terminologue : repérer les termes dans un corpus de spécialité (extraction terminologique), les définir, en proposer des équivalents dans plusieurs langues, les consigner dans des bases de données terminologiques (FranceTerme, Termium Plus du Canada, Grand dictionnaire terminologique de l'OQLF, IATE de l'Union européenne). Il travaille avec des experts du domaine.
La néologie est le processus de création lexicale ; son étude emploie des observatoires (dépouillement de presse) et des critères de détection (absence des dictionnaires de référence). Les néologismes du XXIe siècle sont souvent liés au numérique (télétravail, visioconférence, covoiturage, infox), aux crises et aux usages sociaux. La diffusion d'un néologisme dépend de sa transparence, de son utilité et de la communauté qui l'adopte.
Ressources numériques : TLFi (Trésor de la langue française informatisé), Wiktionnaire, Lexique 3 (fréquences et base psycholinguistique), Morphalou, WOLF et BabelNet. Elles servent à la fréquence, à la morphologie, à l'étymologie et au TAL. Les droits d'usage et les licences sont à vérifier pour chaque ressource.
- Terme : désignation + notion dans un domaine.
- Terminologie normative (Wüster) vs variationniste.
- Bases : FranceTerme, Termium Plus, GDT, IATE.
- Néologie : numérique et usages sociaux ; ressources : TLFi, Lexique 3.
Lire une entrée de dictionnaire L2
Un dictionnaire a une macrostructure (organisation générale : ordre alphabétique, préface, annexes) et une microstructure (organisation de chaque article). Un article comprend généralement : la vedette (le mot traité), la catégorie grammaticale (n. m., v. tr.), la prononciation (API), l'étymologie, les définitions numérotées (acceptions), des exemples et des marques d'usage (fam. pour familier, vx pour vieux, techn., Québec…).
Prenons le mot louer. Il existe deux verbes homophones : louer « donner ou prendre en location » (du latin locare) et louer « faire l'éloge de » (du latin laudare). Ce sont des homonymes : deux mots différents qui ont la même forme mais des origines et des sens sans rapport, d'où deux entrées. En revanche, tête (de la tête d'un homme, la tête d'un cortège, la tête d'une liste) est une polysémie : un seul mot aux sens reliés par métaphore ou métonymie, donc une seule entrée, plusieurs acceptions. La distinction se fait par l'étymologie et par la possibilité de relier les sens.
Les définitions suivent des principes : définir par le genre prochain et la différence spécifique (une chaise est un siège avec dossier, sans accoudoirs, pour une personne), éviter la circularité (définir rapide par vite et vite par rapide), employer des mots plus simples que le mot défini. Les dictionnaires se distinguent par leur public et leur but : le Petit Robert et le Larousse (usuels), le Trésor de la langue française informatisé (historique et en ligne), le Dictionnaire de l'Académie française (normatif), le Wiktionnaire (collaboratif).
- Macrostructure (organisation générale) vs microstructure (organisation de l'article).
- Article : vedette, catégorie, prononciation, étymologie, définitions, exemples, marques d'usage.
- Homonymie (deux mots, deux entrées) vs polysémie (un mot, plusieurs acceptions).
- Définition : genre prochain + différence spécifique ; éviter la circularité.
Vocabulaire à retenir
- Lexicologie : Étude scientifique du lexique.
- Lexicographie : Pratique de rédaction des dictionnaires.
- Terminologie : Étude des termes d'un domaine spécialisé.
- Lexique : Ensemble des unités lexicales d'une langue.
- Vocabulaire : Unités employées par un locuteur ou dans un texte.
- Vocabulaire actif : Mots que le locuteur emploie.
- Vocabulaire passif : Mots que le locuteur comprend.
- Locution : Séquence figée fonctionnant comme un mot.
- Collocation : Association préférentielle de mots.
- Expression idiomatique : Séquence au sens non compositionnel.
- Figement : Degré de solidité d'une séquence de mots.
- Fonction lexicale : Outil de Mel'čuk pour décrire les collocations.
Cinq questions pour t'entraîner
Que désigne la lexicographie ?
- L'étude des textes littéraires et de leur structure
- L'étude scientifique des sons de la parole humaine
- La pratique de description des mots en dictionnaire
- La traduction d'un texte d'une langue à une autre
Réponse : La pratique de description des mots en dictionnaire. La lexicographie fabrique des dictionnaires ; la lexicologie, elle, est l'étude scientifique du lexique (structure, évolution, sens des mots).
Que traite la terminologie ?
- Les termes propres à des domaines spécialisés
- Les phonèmes d'une langue dans leur ensemble
- Les verbes irréguliers de la conjugaison française
- Les dialectes régionaux d'une langue nationale
Réponse : Les termes propres à des domaines spécialisés. Médecine, droit, informatique : chaque domaine a ses termes, à définir et à harmoniser pour que les spécialistes se comprennent, y compris entre langues.
Comment qualifie-t-on la classe des mots grammaticaux (déterminants, prépositions, pronoms) ?
- Une classe sans fonction, qui sert seulement de remplissage
- Une classe ouverte, qui reçoit sans cesse de nouveaux mots
- Une classe infinie, dont le nombre n'est pas limité
- Une classe fermée, qui s'agrandit très peu
Réponse : Une classe fermée, qui s'agrandit très peu. Au contraire des noms, verbes et adjectifs qui s'enrichissent en permanence, les mots grammaticaux forment une liste stable : on invente peu de nouvelles prépositions.
Qu'est-ce que le vocabulaire passif d'un locuteur ?
- L'ensemble des mots qu'il n'écrit jamais dans un texte
- L'ensemble des mots qu'il comprend
- L'ensemble des mots rares qu'il connaît dans sa langue
- L'ensemble des mots argotiques qu'il utilise à l'oral
Réponse : L'ensemble des mots qu'il comprend. Il est plus vaste que le vocabulaire actif (mots employés) : on comprend plus de mots qu'on n'en utilise, surtout en lecture.
« Pomme de terre » est un exemple de…
- Phonème, une unité sonore distinctive
- Locution, une unité polylexicale figée
- Suffixe, un élément placé après une base
- Sigle, une suite d'initiales prononcées
Réponse : Locution, une unité polylexicale figée. Trois mots écrits, mais une seule unité de sens : on ne peut pas dire « pomme du sol ». Les locutions se comportent comme un mot unique.
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