📰 Analyse du discours

De Harris à Pêcheux et Foucault, énonciation et dialogisme, genres et scènes d'énonciation, analyse critique du discours, textométrie : lire les discours politiques, médiatiques et institutionnels.

Ouvrir le cours interactifS'entraîner avec les QCM

Du texte au discours : origines de la discipline L3

L'analyse du discours étudie les productions langagières en les rapportant à leurs conditions sociales et historiques. Le mot est lancé par le linguiste américain Zellig Harris, qui publie en 1952 un article intitulé Discourse Analysis : il propose d'appliquer au-delà de la phrase les méthodes distributionnelles, en cherchant des équivalences entre éléments d'un texte. Cette méthode est formelle et ne s'intéresse pas au contexte.

En France, l'analyse du discours se développe à la fin des années 1960 autour de Michel Pêcheux (Analyse automatique du discours, 1969), dans un contexte marqué par le marxisme d'Althusser (idéologie, appareils idéologiques d'État, 1970) et la psychanalyse de Lacan. Elle étudie notamment des discours politiques : comment des mots comme « liberté » ou « peuple » changent de sens selon la position de celui qui parle. Michel Foucault (L'Archéologie du savoir, 1969) décrit des formations discursives, ensembles de règles qui déterminent ce qui peut être dit à une époque et dans un champ de savoir.

Pour Pêcheux, le sens d'un mot n'existe pas en soi : il dépend de la formation discursive dans laquelle il apparaît. L'interdiscours désigne l'ensemble des discours qui précèdent et entourent un discours et lui donnent sa signification. Aujourd'hui, la discipline est plurielle : approches énonciatives, pragmatiques, sociologiques, critiques, avec des outils informatiques.

À retenir

Énonciation, polyphonie et discours rapporté L3

Émile Benveniste définit l'énonciation comme la mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation. Elle laisse des traces dans l'énoncé : pronoms de la première et de la deuxième personne (je, tu), repères de temps et de lieu (maintenant, ici), jugements de valeur, modalités. On parle de subjectivité du langage : un énoncé n'est jamais neutre.

Mikhaïl Bakhtine a insisté sur le dialogisme : tout énoncé répond à d'autres énoncés et en anticipe d'autres. Julia Kristeva en tire la notion d'intertextualité (1967). Oswald Ducrot parle de polyphonie : dans un énoncé, plusieurs voix ou points de vue peuvent être présents, comme dans l'ironie (« Quel beau temps ! », sous la pluie) ou la négation (« Il ne fait pas beau » fait entendre l'idée contraire pour la rejeter).

Le discours rapporté montre ces voix : le discours direct (« Il a dit : “Je viens” »), le discours indirect (« Il a dit qu'il venait ») et le discours indirect libre, sans verbe introducteur (« Il avait fini. Il viendrait demain. »). Jacqueline Authier-Revuz (1982) décrit l'hétérogénéité montrée : le locuteur signale lui-même l'emploi d'un mot d'une autre voix par des guillemets, des italiques ou des gloses (« comme on dit », « si l'on peut dire »), appelés modalisation autonymique.

À retenir

Genres, scènes d'énonciation et ethos L3

Bakhtine définit les genres du discours comme des types relativement stables d'énoncés propres à une sphère d'activité : le tract, la lettre de motivation, le journal télévisé, la recette. Chaque genre impose une structure, un style, des rôles et un contrat de lecture. Patrick Charaudeau parle de contrat de communication : les participants savent ce qui est attendu d'eux dans une situation donnée.

Dominique Maingueneau distingue trois niveaux dans la scène d'énonciation : la scène englobante (le type de discours : politique, religieux, publicitaire), la scène générique (le genre : meeting, sermon, spot) et la scénographie (la mise en scène que le texte construit pour lui-même : un publicitaire peut s'adresser au lecteur comme un ami, un expert ou un conteur).

L'ethos est l'image de soi que le locuteur construit par sa manière de parler, au-delà de ce qu'il dit explicitement : ton, vocabulaire, rythme, manière de se présenter. Ruth Amossy distingue l'ethos préalable (réputation avant la prise de parole) et l'ethos discursif (ce que le discours construit). L'analyse d'un discours politique observe donc les arguments (logos), l'image de l'orateur (ethos) et les émotions suscitées (pathos), à rapprocher de la rhétorique d'Aristote.

À retenir

Analyse critique du discours et discours médiatique L3

L'analyse critique du discours (Critical Discourse Analysis) étudie comment le langage contribue à produire et à maintenir des rapports de pouvoir. Norman Fairclough (Language and Power, 1989) analyse la manière dont les discours institutionnels (politique, administration, presse) naturalisent des relations inégales. Teun van Dijk étudie le racisme dans le discours des médias et de la politique ; Ruth Wodak propose une approche discours-historique, qui relie un texte à son contexte politique et historique.

Dans le discours médiatique, on observe le choix des mots (« manifestants » ou « émeutiers »), le cadrage, la place donnée aux sources, la mise en page, les titres et les discours rapportés. La nominalisation (transformer un verbe en nom : « la suppression de 500 postes ») efface l'agent, tandis que le passif peut masquer le responsable. Un même événement peut ainsi être présenté très différemment selon les choix lexicaux et syntaxiques.

Le discours politique mêle persuasion, polémique et construction d'une communauté (« nous »). On y étudie les formules, les slogans, les « petites phrases », les mots-valises, les euphémismes et les stratégies de dénomination. Ces analyses demandent de la prudence : il faut éviter de juger les intentions d'une personne et décrire plutôt des effets de sens à partir de traces linguistiques précises, vérifiables.

À retenir

Méthodes : corpus, textométrie et démarche d'analyse L3

Analyser un discours commence par la constitution d'un corpus : choix des textes, de la période, des sources, avec une justification explicite. On précise le genre, les locuteurs et le contexte de production. Plus le corpus est grand, plus les outils statistiques sont utiles ; plus il est petit, plus l'analyse qualitative est fine. Les deux approches se complètent.

La lexicométrie (ou textométrie) est née en France autour de Maurice Tournier et de l'école de Saint-Cloud : on compte les formes, on repère les mots spécifiques d'un locuteur ou d'une période (calcul de spécificités), les cooccurrences et les concordances. Des logiciels comme TXM, Lexico, IRaMuTeQ ou Hyperbase automatisent ces calculs. Un mot très fréquent n'est pas toujours significatif : il faut le comparer à un corpus de référence.

Une démarche type : (1) formuler une question ; (2) constituer et documenter le corpus ; (3) explorer par des outils quantitatifs (fréquences, spécificités, concordances) ; (4) observer les traces énonciatives et argumentatives dans des passages choisis ; (5) interpréter en lien avec le contexte ; (6) discuter les limites. La subjectivité du chercheur doit être explicitée : on ne cache pas ses choix de corpus ni de découpage. Enfin, on respecte l'éthique et le droit des données (données personnelles, droits d'auteur).

À retenir

Révision express : l'essentiel du cours L3

Cette fiche rassemble, chapitre par chapitre, l'essentiel du cours « Analyse du discours ». Lis-la quand tu as terminé les chapitres, puis teste-toi avec les QCM : si un point ne te dit plus rien, retourne au chapitre concerné.

Du texte au discours : origines de la discipline

Énonciation, polyphonie et discours rapporté

Genres, scènes d'énonciation et ethos

Analyse critique du discours et discours médiatique

Méthodes : corpus, textométrie et démarche d'analyse

Plan de révision conseillé

  1. Jour 1. Relis cette fiche, puis écris de mémoire les points que tu ne retrouves pas.
  2. Jour 2. Fais les QCM du cours en entraînement et note tes erreurs : elles dirigent ta révision.
  3. Jour 3. Traite les exercices type partiel sans regarder la correction, puis compare avec elle.
  4. Veille du partiel. Mode partiel chronométré, puis relis les pièges ci-dessous.
À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Qui lance l'expression analyse du discours en 1952 ?

    1. Michel Foucault
    2. Michel Pêcheux
    3. Zellig Harris
    4. Dominique Maingueneau

    Réponse : Zellig Harris. Harris applique au texte des méthodes distributionnelles.

  2. Quelle est la méthode de Harris pour analyser un texte ?

    1. Chercher des équivalences entre éléments au-delà de la phrase
    2. Interpréter les intentions de l'auteur
    3. Compter les mots rares
    4. Traduire le texte

    Réponse : Chercher des équivalences entre éléments au-delà de la phrase. Sa méthode est formelle et ignore le contexte social.

  3. Qui publie Analyse automatique du discours en 1969 ?

    1. Julia Kristeva
    2. Émile Benveniste
    3. Mikhaïl Bakhtine
    4. Michel Pêcheux

    Réponse : Michel Pêcheux. Pêcheux relie discours et idéologie dans la tradition française.

  4. Que décrit Foucault avec la formation discursive ?

    1. Un type de texte littéraire
    2. Des règles qui déterminent ce qui peut être dit dans un champ à une époque
    3. Une règle d'orthographe
    4. Un genre de discours oral

    Réponse : Des règles qui déterminent ce qui peut être dit dans un champ à une époque. Notion de L'Archéologie du savoir (1969), reprise par Pêcheux.

  5. Qu'est-ce que l'interdiscours ?

    1. Une pause entre deux discours
    2. L'ensemble des discours qui précèdent et entourent un discours
    3. Un discours à deux voix
    4. Un type de ponctuation

    Réponse : L'ensemble des discours qui précèdent et entourent un discours. Il donne à un énoncé sa signification dans un espace discursif.

Faire le QCM complet (30 questions) Réviser les 30 fiches

Autres cours