Traduire : histoire et grandes théories L3
Traduire est aussi ancien que les contacts entre langues. La traductologie est la discipline qui étudie la traduction ; James Holmes en dessine la carte en 1972 (The name and nature of translation studies), en distinguant une branche descriptive, une branche théorique et une branche appliquée. Roman Jakobson (1959) propose trois sortes de traduction : intralinguale (reformuler dans la même langue), interlinguale (d'une langue à une autre, la traduction proprement dite) et intersémiotique (d'un système de signes à un autre, par exemple d'un roman à un film).
Deux grandes attitudes s'opposent depuis longtemps. Friedrich Schleiermacher (1813) distingue deux voies : amener le lecteur vers l'auteur (conserver l'étrangeté du texte) ou amener l'auteur vers le lecteur (adapter). Lawrence Venuti (1995) reprend cette opposition avec les termes de domestication et d'étrangéisation (foreignization). Au XVIIe siècle, on parlait de « belles infidèles » pour des traductions élégantes mais peu fidèles à l'original.
Au XXe siècle, la traduction devient un objet scientifique : Georges Mounin (Les problèmes théoriques de la traduction, 1963) la pense avec la linguistique, Eugene Nida (1964) introduit l'idée d'équivalence dynamique, et l'école parisienne de Danica Seleskovitch et Marianne Lederer (théorie interprétative) insiste sur le sens à restituer plutôt que sur les mots.
- Holmes (1972) : carte de la traductologie.
- Jakobson (1959) : intralinguale, interlinguale, intersémiotique.
- Schleiermacher puis Venuti : domestication et étrangéisation.
- Seleskovitch et Lederer : la théorie interprétative.
Les procédés de traduction L3
Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet publient en 1958 la Stylistique comparée du français et de l'anglais, qui recense sept procédés répartis en deux groupes. Les procédés directs : l'emprunt (garder le mot tel quel : week-end), le calque (traduire élément par élément : gratte-ciel pour skyscraper) et la traduction littérale (mot à mot, possible entre langues proches). Les procédés obliques sont utilisés quand le mot à mot est impossible : la transposition (changer de catégorie grammaticale sans changer le sens : As soon as he gets back → « Dès son retour »), la modulation (changer de point de vue : It's not difficult → « C'est facile »), l'équivalence (rendre la même situation par d'autres moyens : Beware of the dog → « Chien méchant ») et l'adaptation (remplacer une réalité culturelle par une autre).
Le traducteur rencontre aussi des erreurs typiques : le faux ami (un mot de forme proche mais de sens différent : library n'est pas « librairie »), le contresens (le sens est inversé ou déformé), le faux sens (un mot est mal interprété, sans bouleverser la phrase), le non-sens (l'énoncé n'a plus de sens) et la sur-traduction (on ajoute ce que le texte ne dit pas). Le choix du procédé dépend du texte, de sa fonction et du public visé.
- Directs : emprunt, calque, traduction littérale.
- Obliques : transposition, modulation, équivalence, adaptation.
- Erreurs : faux ami, contresens, faux sens, non-sens, sur-traduction.
- Le procédé dépend du texte et du public.
Équivalence, fonction et skopos L3
Peut-on dire la même chose dans une autre langue ? Eugene Nida distingue l'équivalence formelle, qui reste proche de la forme du texte source, et l'équivalence dynamique, qui cherche à produire sur le lecteur de la traduction un effet comparable à celui de l'original (1964, Toward a Science of Translating, à propos de la traduction de la Bible). Mounin parle de « verre transparent » (traduction qui s'efface) et de « verre colorant » (traduction qui laisse sentir la langue source).
Katharina Reiss et Hans Vermeer (1984) développent la théorie du skopos (mot grec pour « but ») : une traduction se juge d'abord par sa finalité, fixée par un commanditaire et un public. Traduire un mode d'emploi, un poème ou un contrat ne suit pas les mêmes règles. Reiss distingue des types de textes (informatifs, expressifs, incitatifs) qui appellent des stratégies différentes.
Le traducteur travaille ainsi sur plusieurs dimensions : le sens, le registre, le ton, le rythme, les références culturelles et les contraintes (longueur d'un sous-titre, jeu de mots). Pour l'humour, la poésie ou la publicité, on parle souvent de transcréation : le texte est recréé en gardant la fonction plutôt que la lettre. Des sources comme les glossaires, les corpus parallèles et les dictionnaires spécialisés aident à choisir une équivalence.
- Nida : équivalence formelle et dynamique.
- Skopos (Reiss et Vermeer, 1984) : la finalité guide la traduction.
- Types de textes : informatifs, expressifs, incitatifs.
- Transcréation : recréer la fonction (publicité, humour).
Interprétation et traduction audiovisuelle L3
L'interprétation est la traduction orale. Elle est consécutive quand l'interprète attend la fin d'un passage pour le restituer, en s'appuyant sur des notes, et simultanée quand il traduit presque en même temps que l'orateur, avec un casque et en cabine. L'interprétation simultanée est utilisée à grande échelle pour la première fois au procès de Nuremberg (1945-1946). Elle exige une charge cognitive très forte : écouter, comprendre, reformuler et parler en même temps. La déverbalisation (Seleskovitch) désigne l'idée que l'interprète retient le sens et non les mots.
La traduction audiovisuelle regroupe le sous-titrage (texte à l'écran, limité par le temps de lecture : environ deux lignes de quarante caractères), le doublage (remplacement de la voix, contraint par le synchronisme labial) et l'audiodescription (pour les personnes aveugles). Les sous-titres condensent l'oral : on supprime les répétitions et on conserve l'essentiel.
La traduction spécialisée (juridique, médicale, technique) demande une maîtrise de la terminologie ; une erreur peut avoir des conséquences graves. La localisation adapte logiciels, jeux ou sites web à une langue et à une culture (formats de date, unités, références). Le métier de traducteur s'exerce souvent en indépendant, avec des règles déontologiques de confidentialité et de fidélité.
- Interprétation consécutive et simultanée (Nuremberg, 1945-1946).
- Déverbalisation : retenir le sens, pas les mots.
- Sous-titrage, doublage, audiodescription.
- Localisation : adapter un produit à une langue et une culture.
Traduction automatique et outils L3
La traduction automatique a connu quatre âges. Les premiers systèmes à règles datent de la guerre froide : l'expérience Georgetown-IBM (1954) traduit quelques dizaines de phrases du russe vers l'anglais. Le rapport ALPAC (1966) juge les résultats décevants et réduit les financements américains. Dans les années 1990, la traduction statistique apprend des probabilités de correspondance à partir de corpus parallèles. Depuis 2014-2016, la traduction neuronale (Google, 2016) produit des phrases beaucoup plus fluides ; les architectures transformers (2017) l'ont encore améliorée.
Ces systèmes se trompent encore : ils peuvent produire des phrases fluides mais fausses, mal gérer les langues peu dotées, les noms propres, l'humour ou le genre grammatical. D'où l'importance de la post-édition : un traducteur humain relit et corrige la sortie de la machine. Les traducteurs utilisent aussi la traduction assistée par ordinateur (TAO) avec des mémoires de traduction, bases de segments déjà traduits que l'outil propose de réutiliser, et des glossaires.
On évalue une traduction automatique avec des mesures comme BLEU (2002), qui compare la sortie à des traductions de référence, ou par des jugements humains. Les enjeux éthiques sont nombreux : confidentialité des textes envoyés à un service en ligne, biais présents dans les données (stéréotypes de genre), et transformation du métier de traducteur.
- Georgetown-IBM (1954), ALPAC (1966), statistique (1990s), neuronale (2016).
- Post-édition : correction humaine de la sortie machine.
- TAO et mémoires de traduction.
- BLEU compare la sortie à des références.
Révision express : l'essentiel du cours L3
Cette fiche rassemble, chapitre par chapitre, l'essentiel du cours « Traductologie et traduction ». Lis-la quand tu as terminé les chapitres, puis teste-toi avec les QCM : si un point ne te dit plus rien, retourne au chapitre concerné.
Traduire : histoire et grandes théories
- Holmes (1972) : carte de la traductologie.
- Jakobson (1959) : intralinguale, interlinguale, intersémiotique.
- Schleiermacher puis Venuti : domestication et étrangéisation.
- Seleskovitch et Lederer : la théorie interprétative.
Les procédés de traduction
- Directs : emprunt, calque, traduction littérale.
- Obliques : transposition, modulation, équivalence, adaptation.
- Erreurs : faux ami, contresens, faux sens, non-sens, sur-traduction.
- Le procédé dépend du texte et du public.
Équivalence, fonction et skopos
- Nida : équivalence formelle et dynamique.
- Skopos (Reiss et Vermeer, 1984) : la finalité guide la traduction.
- Types de textes : informatifs, expressifs, incitatifs.
- Transcréation : recréer la fonction (publicité, humour).
Interprétation et traduction audiovisuelle
- Interprétation consécutive et simultanée (Nuremberg, 1945-1946).
- Déverbalisation : retenir le sens, pas les mots.
- Sous-titrage, doublage, audiodescription.
- Localisation : adapter un produit à une langue et une culture.
Traduction automatique et outils
- Georgetown-IBM (1954), ALPAC (1966), statistique (1990s), neuronale (2016).
- Post-édition : correction humaine de la sortie machine.
- TAO et mémoires de traduction.
- BLEU compare la sortie à des références.
Plan de révision conseillé
- Jour 1. Relis cette fiche, puis écris de mémoire les points que tu ne retrouves pas.
- Jour 2. Fais les QCM du cours en entraînement et note tes erreurs : elles dirigent ta révision.
- Jour 3. Traite les exercices type partiel sans regarder la correction, puis compare avec elle.
- Veille du partiel. Mode partiel chronométré, puis relis les pièges ci-dessous.
- Holmes (1972) : carte de la traductologie.
- Directs : emprunt, calque, traduction littérale.
- Nida : équivalence formelle et dynamique.
- Interprétation consécutive et simultanée (Nuremberg, 1945-1946).
- Georgetown-IBM (1954), ALPAC (1966), statistique (1990s), neuronale (2016).
Vocabulaire à retenir
- Traductologie : Discipline qui étudie la traduction.
- Traduction intralinguale : Reformulation dans la même langue (Jakobson).
- Traduction interlinguale : Passage d'une langue à une autre.
- Traduction intersémiotique : Passage d'un système de signes à un autre.
- Domestication : Adapter le texte à la culture d'arrivée (Venuti).
- Étrangéisation : Conserver l'étrangeté de la culture source.
- Belles infidèles : Traductions élégantes mais peu fidèles (XVIIe siècle).
- Emprunt : Mot conservé tel quel dans la langue d'arrivée.
- Calque : Traduction littérale élément par élément.
- Traduction littérale : Mot à mot, possible entre langues proches.
- Transposition : Changement de catégorie grammaticale sans changement de sens.
- Modulation : Changement de point de vue sur la même réalité.
Cinq questions pour t'entraîner
Qui a esquissé la carte des études de traduction en 1972 ?
- Georges Mounin
- Eugene Nida
- James Holmes
- Jean Darbelnet
Réponse : James Holmes. Holmes distingue branches descriptive, théorique et appliquée de la traductologie.
Que désigne la traduction intersémiotique chez Jakobson ?
- Le passage d'un système de signes à un autre
- La reformulation dans la même langue
- La traduction d'une langue vers une autre
- La traduction automatique d'un texte
Réponse : Le passage d'un système de signes à un autre. Adapter un roman en film est un exemple de traduction intersémiotique.
Qu'appelle-t-on traduction interlinguale ?
- L'interprétation d'un geste
- La reformulation dans une même langue
- Le passage de l'écrit à l'image
- La traduction d'une langue vers une autre
Réponse : La traduction d'une langue vers une autre. C'est la traduction au sens courant du terme, distincte de l'intralinguale et de l'intersémiotique.
Que propose Schleiermacher en 1813 ?
- Remplacer toute traduction par une adaptation
- Amener le lecteur à l'auteur ou l'auteur au lecteur
- Supprimer les notes des traducteurs
- Traduire uniquement la poésie
Réponse : Amener le lecteur à l'auteur ou l'auteur au lecteur. Venuti reprend cette opposition sous les noms d'étrangéisation et de domestication.
Que veut dire domestiquer une traduction (Venuti) ?
- Conserver toutes les références de la culture d'origine
- L'adapter aux références de la culture d'arrivée
- Supprimer les noms propres
- La traduire mot à mot
Réponse : L'adapter aux références de la culture d'arrivée. La domestication rend le texte familier au lecteur cible, parfois au prix de l'étrangeté.
Faire le QCM complet (32 questions) Réviser les 30 fiches
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