🗺️ Dialectologie et géolinguistique

Dialectes, patois et isoglosses ; atlas linguistiques ; langues d'oïl, d'oc et francoprovençal ; dialectométrie ; français de Belgique, de Suisse et du Québec.

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Dialecte, patois, isoglosse : les notions L2

La dialectologie étudie la variation d'une langue dans l'espace (variation diatopique). Un dialecte est une variété régionale d'une langue ; le mot patois, lui, désigne dans l'usage français un dialecte rural et, souvent, dévalorisé. La distinction entre langue et dialecte est avant tout sociale et politique : on parle de « langue » quand une variété a un statut officiel, une écriture normalisée et des institutions, comme le dit la formule attribuée à Max Weinreich, « une langue est un dialecte avec une armée et une flotte ».

Une isoglosse est une ligne qui sépare, sur une carte, deux formes linguistiques différentes (par exemple deux mots pour « arbre »). Quand plusieurs isoglosses se rassemblent, on parle de faisceau d'isoglosses, signe d'une frontière dialectale plus nette. Les frontières dialectales sont rarement tranchées : la plupart du temps, on observe un continuum dialectal, où les parlers voisins se ressemblent beaucoup et où la différence augmente progressivement avec la distance. Un locuteur de Lille et un locuteur de Bruxelles se comprennent mal, mais chaque village comprend son voisin.

La géolinguistique (ou géographie linguistique) est la méthode qui cartographie ces données. Elle a été fondée à la fin du XIXe siècle, en réaction à l'idée des néogrammairiens que les lois phonétiques sont sans exception : en observant les parlers, on voit que les mots ont chacun leur histoire.

À retenir

Les atlas linguistiques L2

L'Atlas linguistique de la France (ALF) est le premier grand atlas de langue romane. Jules Gilliéron en conçoit le projet ; son enquêteur Edmond Edmont parcourt à vélo et en train 639 localités entre 1897 et 1901, et note à l'oreille, avec un alphabet phonétique, les réponses données à un questionnaire d'environ deux mille questions (mots, expressions, traductions de phrases). L'atlas est publié entre 1902 et 1910 en plusieurs volumes de cartes.

Cette méthode, dite enquête directe par un seul enquêteur, garantit l'unité de la transcription, mais impose des choix : un seul informateur par point, souvent âgé, né dans la commune et peu mobile (le « NORM », non-mobile, older, rural, male, selon une critique ultérieure). D'autres atlas suivent : l'atlas italo-suisse de Karl Jaberg et Jakob Jud (1928-1940), dont les enquêtes sont menées par trois enquêteurs, ou les atlas régionaux de la France (Gascogne de Jean Séguy, Bretagne, Normandie, etc.).

Un atlas contient des cartes où l'on note la réponse de chaque point. On lit les cartes en cherchant des aires (zones où une forme domine), des îlots (formes isolées) et des relations avec l'histoire (routes, frontières politiques, ecclésiastiques). Aujourd'hui, les atlas sont numérisés, sonorisés et exploitables par des méthodes statistiques ; l'ALF est consultable en ligne.

À retenir

La France dialectale : oïl, oc, francoprovençal L2

Sur le territoire français, on distingue traditionnellement trois grands domaines gallo-romans : les langues d'oïl au nord, les langues d'oc (occitan) au sud et le francoprovençal dans une zone qui va de Lyon à la Savoie et à la Suisse romande. Le nom d'oïl et d'oc vient de la manière de dire « oui » au Moyen Âge (oïl, de hoc ille, et oc, de hoc). Dante, vers 1305, classait les langues romanes selon cette particule. Le francoprovençal a été identifié et nommé par le linguiste italien Graziadio Ascoli en 1873.

Les langues d'oïl comprennent le français (issu du francien, parler de l'Île-de-France), le picard, le normand, le wallon, le gallo, le champenois, le lorrain, le bourguignon et le poitevin-saintongeais. L'occitan se divise en languedocien, provençal, gascon, limousin, auvergnat et vivaro-alpin. Une isoglosse célèbre est la ligne Joret (1884), qui sépare le nord-ouest (picard et normand, où le /k/ latin devant a reste /k/ : cat) du français central (où il évolue en /ʃ/ : chat).

D'autres langues sont parlées en France : breton (celtique), basque (isolat), catalan, corse, alsacien et flamand occidental. La loi Deixonne (1951) autorise un enseignement facultatif du breton, du basque, du catalan et de l'occitan. En 1992, la Constitution déclare que la langue de la République est le français ; l'article 75-1 (2008) précise que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.

À retenir

Dialectométrie et explication de la variation L2

La dialectométrie mesure statistiquement la distance entre parlers. Jean Séguy (1971) l'applique à l'atlas de la Gascogne ; Hans Goebl, à Salzbourg, la développe à partir des années 1970 pour l'ALF et d'autres atlas. Pour chaque couple de localités, on compte le nombre de cartes où les formes diffèrent ou on mesure la distance de Levenshtein (nombre minimal d'insertions, de suppressions et de substitutions pour passer d'un mot à l'autre). On obtient des cartes de similarité, des regroupements (classification) et des visualisations qui montrent des aires dialectales plus objectives que la simple lecture d'une carte.

Comment explique-t-on la variation géographique ? La théorie des ondes (Johannes Schmidt, 1872) voit les innovations se propager à partir d'un centre, avec une intensité décroissante. Gilliéron, dans Pathologie et thérapeutique verbales (1921), propose que les mots malades sont remplacés : en Gascogne, gallus (coq) et cattus (chat) auraient donné le même mot gat, ce qui aurait poussé à remplacer « coq » par d'autres mots (« faisan », « vicaire »). Cet exemple de collision homonymique est célèbre, bien que son interprétation soit discutée.

Les facteurs sont multiples : relief et obstacles géographiques, voies de communication, frontières politiques et religieuses, prestige d'un centre urbain, mobilité de la population. Aujourd'hui, la sociolinguistique et la géolinguistique se rejoignent : les cartes montrent à la fois l'espace, l'âge et le groupe social des locuteurs.

À retenir

Le français hors de France et la variation régionale L2

Le français est aussi une langue d'Europe francophone (Belgique, Suisse, Luxembourg), d'Amérique (Québec, Acadie, Louisiane, Haïti) et d'Afrique, où il est parlé par des millions de locuteurs. Chaque région a ses particularités sans que l'on puisse parler d'incorrection. En Belgique et en Suisse romande, on dit septante et nonante ; en Suisse romande, huitante existe en Vaud, Valais et Fribourg. Au Québec, on dit courriel, fin de semaine, magasiner et char (voiture) ; l'Office québécois de la langue française (OQLF) propose des termes officiels.

Ces variétés ne sont pas des dialectes issus de la France d'aujourd'hui : elles ont des origines parfois très anciennes. Le français québécois descend surtout de parlers d'oïl de l'Ouest de la France du XVIIe siècle ; il a conservé des mots et des tournures qui ont disparu ou reculé en France. En France même, on parle de régiolectes : le français du Nord, du Midi, de l'Ouest, avec des différences de prononciation (accents), de vocabulaire (pain au chocolat / chocolatine, poche / sac) et de grammaire.

Pour décrire ces variétés, les linguistes s'appuient sur de grands corpus (comme l'enquête ESLO à Orléans ou le projet PFC, Phonologie du français contemporain) et sur des dictionnaires différentiels. La question de la norme est centrale : la norme endogène reconnaît qu'une communauté (Québec, Suisse, Belgique) définit elle-même ce qui est correct chez elle, plutôt que d'importer une norme unique de Paris.

À retenir

Révision express : l'essentiel du cours L2

Cette fiche rassemble, chapitre par chapitre, l'essentiel du cours « Dialectologie et géolinguistique ». Lis-la quand tu as terminé les chapitres, puis teste-toi avec les QCM : si un point ne te dit plus rien, retourne au chapitre concerné.

Dialecte, patois, isoglosse : les notions

Les atlas linguistiques

La France dialectale : oïl, oc, francoprovençal

Dialectométrie et explication de la variation

Le français hors de France et la variation régionale

Plan de révision conseillé

  1. Jour 1. Relis cette fiche, puis écris de mémoire les points que tu ne retrouves pas.
  2. Jour 2. Fais les QCM du cours en entraînement et note tes erreurs : elles dirigent ta révision.
  3. Jour 3. Traite les exercices type partiel sans regarder la correction, puis compare avec elle.
  4. Veille du partiel. Mode partiel chronométré, puis relis les pièges ci-dessous.
À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Que désigne la variation diatopique ?

    1. La variation selon le groupe social
    2. La variation selon le temps
    3. La variation selon l'espace
    4. La variation selon la situation

    Réponse : La variation selon l'espace. La dialectologie étudie surtout cette dimension, avec la cartographie des formes.

  2. Qu'est-ce qu'un patois dans l'usage français ?

    1. Un dialecte rural souvent dévalorisé
    2. Une langue officielle
    3. Un code secret
    4. Un registre soutenu

    Réponse : Un dialecte rural souvent dévalorisé. Le mot porte une connotation sociale ; les linguistes préfèrent dialecte ou parler.

  3. Qu'est-ce qu'une isoglosse ?

    1. Un atlas imprimé
    2. Un mot emprunté à une autre langue
    3. Une règle de grammaire
    4. Une ligne séparant deux formes linguistiques sur une carte

    Réponse : Une ligne séparant deux formes linguistiques sur une carte. Plusieurs isoglosses groupées forment un faisceau.

  4. Que signifie un faisceau d'isoglosses ?

    1. Une seule ligne isolée
    2. Plusieurs isoglosses proches qui dessinent une frontière dialectale plus nette
    3. Un type d'atlas
    4. Une carte sans données

    Réponse : Plusieurs isoglosses proches qui dessinent une frontière dialectale plus nette. Il signale que la variation change vite à cet endroit.

  5. Qu'est-ce qu'un continuum dialectal ?

    1. Une langue sans variations
    2. Une variation progressive où chaque parler ressemble à son voisin
    3. Une séparation nette entre deux langues
    4. Une disparition d'un dialecte

    Réponse : Une variation progressive où chaque parler ressemble à son voisin. Les extrémités du continuum peuvent être mutuellement incompréhensibles.

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