🎭 Rhétorique et stylistique

L'art de persuader d'Aristote à la nouvelle rhétorique, les figures de style, la stylistique du XXe siècle, les registres et la méthode du commentaire stylistique.

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La rhétorique antique : l'art de persuader L2

La rhétorique naît en Grèce au Ve siècle av. J.-C., dans les cités où l'on plaide devant des tribunaux et des assemblées. Aristote en donne dans sa Rhétorique (IVe siècle av. J.-C.) la définition devenue classique : la faculté de découvrir, pour chaque sujet, ce qui est propre à persuader. Il distingue trois moyens de persuasion : l'ethos (l'image de crédibilité que donne l'orateur), le pathos (les émotions suscitées chez l'auditoire) et le logos (les arguments rationnels).

Aristote distingue aussi trois genres de discours : le judiciaire (accuser ou défendre, sur le passé), le délibératif (conseiller ou déconseiller, sur l'avenir) et l'épidictique (louer ou blâmer, sur le présent). Les rhéteurs latins, Cicéron et Quintilien (Institution oratoire, Ier siècle), organisent la fabrication d'un discours en cinq étapes : l'invention (trouver des arguments), la disposition (les ordonner), l'élocution (choisir les mots et les figures), la mémoire et l'action (la diction et le geste).

Au Moyen Âge puis à l'âge classique, la rhétorique est enseignée comme une technique, de plus en plus réduite à l'étude des figures. Elle perd sa place au XIXe siècle avant de revenir au XXe siècle avec l'analyse du discours et l'argumentation.

À retenir

Tropes et figures de style L2

Une figure de style est un procédé d'expression qui s'écarte d'un usage neutre pour produire un effet. Les rhétoriciens classiques (Du Marsais, Des tropes, 1730 ; Fontanier, Les Figures du discours, 1821-1830) distinguent les tropes, qui changent le sens d'un mot, des figures de construction ou de pensée.

Parmi les tropes : la métaphore (rapprochement par ressemblance sans outil de comparaison : « cette obscure clarté »), la métonymie (désignation par contiguïté : « boire un verre »), la synecdoque (la partie pour le tout : « une voile » pour un bateau), la périphrase (« la ville lumière »). La comparaison utilise un outil (comme, tel, semblable à). Les figures de construction organisent la phrase : anaphore (répétition en début de phrase), chiasme (ordre croisé ABBA), gradation, asyndète (suppression des liens), parallélisme.

Les figures de pensée jouent sur le sens global : l'antithèse (opposer deux idées), l'hyperbole (exagération), la litote (dire moins pour faire entendre plus : « ce n'est pas mauvais »), l'euphémisme (atténuer), l'oxymore (association de deux termes contradictoires), l'antiphrase (dire le contraire de ce que l'on pense, base de l'ironie). Lakoff et Johnson (1980) ont montré que la métaphore est aussi un mode de pensée ordinaire (« perdre son temps »).

À retenir

Argumentation et nouvelle rhétorique L2

Au XXe siècle, la rhétorique renaît comme théorie de l'argumentation. Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca publient en 1958 le Traité de l'argumentation : ils étudient comment on obtient l'adhésion d'un auditoire, sans prétendre démontrer comme en logique. Ils distinguent l'auditoire particulier d'un orateur et l'auditoire universel auquel s'adresse un argument qui se veut valable pour tout être raisonnable.

Stephen Toulmin (1958) propose un schéma en six éléments : la donnée, la conclusion, la garantie qui autorise le passage de l'une à l'autre, le fondement de cette garantie, le modalisateur (probablement, certainement) et la réserve (sauf si…). Oswald Ducrot et Jean-Claude Anscombre décrivent l'argumentation comme inscrite dans la langue elle-même : des mots comme « mais », « donc » ou « presque » orientent vers une conclusion.

On repère aussi les sophismes : l'attaque contre la personne (ad hominem), le faux dilemme, la pente glissante, l'appel à la popularité. Un sophisme est un raisonnement qui paraît valide mais ne l'est pas. L'analyse du discours politique ou publicitaire s'appuie sur ces outils : qui parle à qui, avec quels arguments, quelle image de soi, quelles émotions ?

À retenir

La stylistique : étudier l'expression L2

La stylistique étudie les faits d'expression du point de vue de leur effet. Charles Bally, élève de Saussure, la fonde avec son Traité de stylistique française (1909) : elle étudie la valeur affective des faits de langue dans la langue commune. Leo Spitzer, au contraire, part de l'œuvre d'un auteur pour retrouver son « étymon spirituel », la source de son style. Michael Riffaterre et Gérard Genette (Figures, 1966-1972) prolongent ces analyses en discutant la notion d'écart par rapport à une norme.

La notion d'écart est critiquée : il n'existe pas de langue « neutre » à laquelle comparer. On préfère aujourd'hui parler de choix d'expression, et on observe les effets de l'ordre des mots, de la longueur des phrases, du lexique, des temps verbaux et de la ponctuation. Roman Jakobson (1960) définit la fonction poétique comme la focalisation sur le message pour lui-même.

La stylistique distingue aussi des registres (ou tons) : lyrique (exprimer les sentiments), épique (grandir l'action), tragique (la fatalité), pathétique (émouvoir), comique (faire rire), satirique, polémique. Un même texte peut en mêler plusieurs. La versification fait partie de la stylistique : l'alexandrin compte douze syllabes avec une césure à l'hémistiche (6 + 6) ; les rimes peuvent être plates (AABB), croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA).

À retenir

Méthode du commentaire stylistique L2

Un commentaire stylistique ne consiste pas à dresser une liste de figures. La méthode est la suivante : on lit le texte plusieurs fois, on formule une impression de lecture (ce qui frappe), puis on la vérifie par des relevés précis : lexique (champs lexicaux, connotations), grammaire (temps verbaux, pronoms, types de phrases), construction (rythme, ponctuation, ordre des mots), figures et sonorités. On interprète ensuite : quel effet produit chaque choix, au service de quel sens ?

Le plan est organisé par axes de lecture (deux ou trois idées d'interprétation) et non par catégories techniques. Chaque idée est illustrée par des citations courtes et analysées : citation → procédé → effet. Un exemple : « Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville » (Verlaine) rapproche par la comparaison l'état intérieur et le paysage, et le verbe impersonnel « il pleure » efface le sujet, ce qui suggère une tristesse sans cause précise.

On distingue l'énonciation : qui parle, à qui, à quel moment (embrayeurs, temps verbaux), et la polyphonie, présence de plusieurs voix dans un énoncé. L'ironie se construit souvent par antiphrase, avec des indices : exagération, contexte, ponctuation. Un commentaire réussi relie toujours les observations de langue au sens du texte.

À retenir

Révision express : l'essentiel du cours L2

Cette fiche rassemble, chapitre par chapitre, l'essentiel du cours « Rhétorique et stylistique ». Lis-la quand tu as terminé les chapitres, puis teste-toi avec les QCM : si un point ne te dit plus rien, retourne au chapitre concerné.

La rhétorique antique : l'art de persuader

Tropes et figures de style

Argumentation et nouvelle rhétorique

La stylistique : étudier l'expression

Méthode du commentaire stylistique

Plan de révision conseillé

  1. Jour 1. Relis cette fiche, puis écris de mémoire les points que tu ne retrouves pas.
  2. Jour 2. Fais les QCM du cours en entraînement et note tes erreurs : elles dirigent ta révision.
  3. Jour 3. Traite les exercices type partiel sans regarder la correction, puis compare avec elle.
  4. Veille du partiel. Mode partiel chronométré, puis relis les pièges ci-dessous.
À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Que sont l'ethos, le pathos et le logos chez Aristote ?

    1. Trois parties d'un discours
    2. Trois genres de discours
    3. Trois moyens de persuasion
    4. Trois figures de style

    Réponse : Trois moyens de persuasion. L'ethos est l'image de l'orateur, le pathos l'émotion de l'auditoire, le logos l'argumentation.

  2. Quel genre de discours porte sur le passé et vise à accuser ou défendre ?

    1. Le genre judiciaire
    2. Le genre délibératif
    3. Le genre épidictique
    4. Le genre poétique

    Réponse : Le genre judiciaire. Le genre judiciaire se trouve au tribunal ; le délibératif conseille sur l'avenir ; l'épidictique loue ou blâme.

  3. Quel genre de discours consiste à louer ou à blâmer ?

    1. Le genre dialectique
    2. Le genre judiciaire
    3. Le genre délibératif
    4. Le genre épidictique

    Réponse : Le genre épidictique. Éloges funèbres ou discours de remise de prix relèvent du genre épidictique.

  4. Combien d'étapes comporte la fabrication d'un discours chez les rhéteurs latins ?

    1. Trois
    2. Cinq
    3. Sept
    4. Deux

    Réponse : Cinq. Invention, disposition, élocution, mémoire, action.

  5. Qu'est-ce que l'invention en rhétorique ?

    1. La création d'un mot nouveau
    2. La recherche des arguments
    3. L'ordre des arguments
    4. La mémorisation du discours

    Réponse : La recherche des arguments. L'invention (inventio) consiste à trouver ce qu'on va dire ; la disposition l'ordonne.

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