🏛️ Linguistique romane : du latin aux langues romanes

Latin vulgaire, naissance des langues romanes, classification, évolution phonétique et grammaticale du latin au français, lexique et comparaison des langues romanes.

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Du latin à la Romania : latin vulgaire et romanisation L2

Les langues romanes descendent du latin, langue de Rome qui s'est étendue avec la conquête romaine à partir du IIIe siècle av. J.-C. Le territoire où l'on parle des langues issues du latin s'appelle la Romania. La romanisation de la Gaule commence après la conquête de César (58-51 av. J.-C.) : les populations gauloises adoptent progressivement le latin, qui s'impose dans l'administration, le commerce et l'école, tout en laissant quelques mots celtiques (chêne, alouette, charrue) et une influence sur la prononciation.

Les langues romanes ne descendent pas du latin classique des écrivains (Cicéron, Virgile), mais du latin parlé, qu'on appelle latin vulgaire (de vulgus, « le peuple »). Ce latin parlé, non écrit, est connu indirectement : par des inscriptions (graffitis de Pompéi), des fautes de copistes, des remarques de grammairiens, comme l'Appendix Probi (une liste de formes « correctes » opposées à des formes « fautives », vers le IIIe-IVe siècle : speculum non speclum), et par la comparaison des langues romanes entre elles. Cette dernière permet de reconstruire des formes du latin vulgaire, notées avec un astérisque.

Le latin évolue différemment selon les régions, car les contacts avec l'administration romaine, les substrats (gaulois, osque, ibère, dace) et les superstrats (francique, wisigothique, lombard) varient. Entre le Ve et le IXe siècle, l'écart entre l'oral et l'écrit devient tel que les gens ne comprennent plus le latin écrit : en 813, le concile de Tours recommande aux prêtres de prêcher « en langue rustique romane ». Les Serments de Strasbourg (842) sont le plus ancien texte en roman de Gaule.

À retenir

La famille romane : classification et locuteurs L2

Les langues romanes forment l'une des branches les plus importantes de la famille indo-européenne. On les classe habituellement en grands groupes : l'ibéro-roman (portugais, espagnol, galicien, asturien), le gallo-roman (français, occitan, francoprovençal), l'italo-roman (italien et ses dialectes), le balkano-roman (roumain) et le sarde, parfois considéré comme un groupe à part ; le catalan, entre ibéro-roman et gallo-roman, est classé selon les auteurs dans l'un ou l'autre. Le ladin et le romanche constituent le groupe rhéto-roman.

Ces langues comptent des centaines de millions de locuteurs : l'espagnol (environ 480 millions de locuteurs natifs), le portugais (environ 250 millions), le français (environ 80 millions de locuteurs natifs et plus de 300 millions de locuteurs au total), l'italien (environ 65 millions), le roumain (environ 25 millions) et le catalan (près de 10 millions). Les ordres de grandeur varient selon les sources et les critères de comptage.

Plusieurs critères séparent les groupes : la sonorisation ou la conservation des consonnes intervocaliques (latin vita : espagnol vida, italien vita, français vie), la conservation ou la chute des consonnes finales (le -s de amas reste en espagnol, tombe à l'oral en français), l'existence de la diphtongaison, et la formation du pluriel. Cette comparaison est la base de la philologie romane, fondée par Friedrich Diez (Grammatik der romanischen Sprachen, 1836-1844) et prolongée par Wilhelm Meyer-Lübke.

À retenir

Du latin au français : l'évolution des sons L2

Le passage du latin au français suit des changements réguliers étalés sur plus d'un millénaire. Les principaux : la chute des voyelles atones et des consonnes finales (cantare → chanter, portam → porte), la diphtongaison des voyelles accentuées en syllabe ouverte (petra → pierre, focus → feu), la palatalisation des consonnes devant certaines voyelles (cantare, caballum → cheval), la lénition des consonnes intervocaliques (vita → vie, rota → roue) et la nasalisation (bonum → bon).

La loi de Bartsch décrit la transformation de a accentué en syllabe ouverte après consonne palatale (cantare → chanter, caput → chef). Les mots issus du latin par transmission orale ininterrompue sont dits populaires, ceux qui ont été empruntés tardivement à l'écrit latin, savants : on les reconnaît à leur forme plus proche du latin. Un même étymon peut donner un doublet : frêle (populaire) et fragile (savant) viennent de fragilis.

Ces évolutions ne sont pas des accidents : elles obéissent à des tendances (affaiblissement des consonnes entre voyelles, simplification des groupes de consonnes). Les spécialistes les décrivent par des lois phonétiques, avec des exceptions expliquées par l'analogie, l'emprunt ou les contacts entre dialectes. La reconstruction du latin vulgaire permet de vérifier la chronologie relative de ces changements.

À retenir

Du latin au français : l'évolution de la grammaire L2

Le latin est une langue à cas : la fonction d'un nom se marque par sa terminaison (lupus sujet, lupum objet, lupi complément du nom). En latin parlé, la chute des consonnes finales rend ces marques ambiguës, et les langues romanes les remplacent par des prépositions (de lupo → du loup) et par un ordre des mots plus fixe (sujet-verbe-objet). L'ancien français garde un système à deux cas, cas sujet et cas régime, qui disparaît vers le XIVe siècle.

Le latin n'a pas d'article ; les langues romanes en créent un à partir du démonstratif ille (le, la) et du numéral unus (un). Le futur synthétique latin (cantabo) est remplacé par une construction analytique cantare habeo (« j'ai à chanter »), devenue chanterai par grammaticalisation de l'auxiliaire. De même, le conditionnel vient de cantare habebam. Le passé composé est créé à partir de habere + participe passé. La voix passive synthétique disparaît au profit de être + participe.

Ces évolutions suivent une tendance générale : du synthétique (mots fléchis) à l'analytique (mots outils, ordre des mots). Elles s'observent dans toutes les langues romanes, avec des degrés différents : le roumain conserve par exemple une trace de cas, et l'espagnol a gardé un système verbal très riche.

À retenir

Lexique, emprunts et comparaison des langues romanes L2

Le lexique français vient majoritairement du latin, mais par plusieurs voies. Les mots héréditaires sont transmis oralement (eau de aqua, feu de focus). Les emprunts savants viennent du latin écrit à partir du Moyen Âge et de la Renaissance (aquatique). Le français a aussi emprunté au francique (guerre, jardin, blanc), à l'arabe (algèbre, sucre), à l'italien (balcon, carnaval), à l'anglais et à d'autres langues. L'espagnol a beaucoup d'arabismes (aceite, ojalá), le roumain des mots slaves.

La comparaison montre que des langues romanes ont choisi des mots latins différents pour les mêmes idées : « manger » vient de manducare (français manger, italien mangiare) alors que l'espagnol comer vient de comedere ; « parler » vient de parabolare (français parler, italien parlare), alors que l'espagnol hablar vient de fabulari. Le latin caballus (cheval de travail) a donné cheval, caballo, cavallo, tandis que le latin classique equus n'a pas survécu dans cet emploi.

Les langues romanes comptent aussi de nombreux faux amis : espagnol embarazada signifie « enceinte » et non « embarrassée » ; italien attualmente signifie « actuellement » (et non « en réalité »). Les linguistes disposent d'outils pour étudier ces mots : le Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg, le TLFi, le Romanisches Etymologisches Wörterbuch de Meyer-Lübke (1911) et des corpus numérisés des états anciens des langues.

À retenir

Révision express : l'essentiel du cours L2

Cette fiche rassemble, chapitre par chapitre, l'essentiel du cours « Linguistique romane : du latin aux langues romanes ». Lis-la quand tu as terminé les chapitres, puis teste-toi avec les QCM : si un point ne te dit plus rien, retourne au chapitre concerné.

Du latin à la Romania : latin vulgaire et romanisation

La famille romane : classification et locuteurs

Du latin au français : l'évolution des sons

Du latin au français : l'évolution de la grammaire

Lexique, emprunts et comparaison des langues romanes

Plan de révision conseillé

  1. Jour 1. Relis cette fiche, puis écris de mémoire les points que tu ne retrouves pas.
  2. Jour 2. Fais les QCM du cours en entraînement et note tes erreurs : elles dirigent ta révision.
  3. Jour 3. Traite les exercices type partiel sans regarder la correction, puis compare avec elle.
  4. Veille du partiel. Mode partiel chronométré, puis relis les pièges ci-dessous.
À retenir

Vocabulaire à retenir

Cinq questions pour t'entraîner

  1. Qu'est-ce que la Romania ?

    1. Une langue ancienne
    2. Un empire médiéval
    3. Le territoire où l'on parle des langues issues du latin
    4. Un recueil de lois

    Réponse : Le territoire où l'on parle des langues issues du latin. Le mot désigne l'ensemble des régions de langues romanes.

  2. De quel latin descendent les langues romanes ?

    1. Du latin parlé, dit vulgaire
    2. Du latin classique de Cicéron
    3. Du latin d'église
    4. Du latin médical

    Réponse : Du latin parlé, dit vulgaire. Le latin vulgaire est celui du peuple, connu indirectement.

  3. Qu'est-ce que l'Appendix Probi ?

    1. Une loi romaine
    2. Un dictionnaire français
    3. Un poème de Virgile
    4. Une liste de formes latines correctes et fautives

    Réponse : Une liste de formes latines correctes et fautives. Il montre des évolutions du latin parlé : speculum non speclum.

  4. Quand commence la romanisation de la Gaule ?

    1. Au Ve siècle apr. J.-C.
    2. Après la conquête de César au Ier siècle av. J.-C.
    3. Au XIe siècle
    4. Sous Louis XIV

    Réponse : Après la conquête de César au Ier siècle av. J.-C.. La conquête de 58-51 av. J.-C. ouvre une longue période de romanisation.

  5. Que montre le concile de Tours de 813 ?

    1. Que le latin était interdit
    2. Que le peuple ne comprenait plus le latin écrit
    3. Que le français était écrit
    4. Que le grec était obligatoire

    Réponse : Que le peuple ne comprenait plus le latin écrit. Il recommande de prêcher en langue rustique romane.

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